Cet album, deuxième des trois tomes consacrés à l'"event" "Civil War", événement majeur de l'année 2007, ne contient pas la mini-série "Civil War" ! Celle-ci est disponible sur la première moitié du tome 1 (
Best Of - Civil War, Tome 1), qui contient également en seconde partie l'arc narratif "New Avengers : Disassembled" (épisodes 21 à 26 de la série éponyme). Ici, sont proposés les extraits des séries mainstream consacrées à Spiderman (Amazing Spiderman N°532 à 538) et Wolverine (Wolverine 3° N°42 à 48), et qui sont directement reliés à l'event. Ces épisodes dévoilent les répercutions de la guerre civile sur les deux principales vedettes de l'univers Marvel.
L'arc narratif consacré à Spiderman est important, à l'époque, pour la continuité du personnage. Je dis "à l'époque" puisque, depuis février 2008, lorsque Marvel et son chef Joe Quesada ont imposé à J.M.Straczynski, scénariste sur la série depuis 2001, l'arc "
Spider-Man : Un jour de plus", le monde entier a oublié tout ce qui s'est passé dans l'univers de Spidey depuis qu'il est marié avec Mary Jane. Ainsi, ces épisodes sont depuis parfaitement obsolètes ! Mais paradoxalement, ils forment avec "
Spider-Man : Retour au noir" et "
Spider-Man : Un jour de plus", une trilogie parfaitement cohérente, du moins pour le complétiste qui tient absolument à savoir ce qui a amené Spidey à effacer son passé de la mémoire collective...
Le tout est par ailleurs d'excellente qualité. Le travail du scénariste est impeccable, son talent de dialoguiste et son sens du réalisme assurant le spectacle (à ne pas manquer : la réaction de J.J. Jameson face au dévoilement d'identité de son souffre douleur !), et les dessins de Ron Garney sont très bons. Par contre, il est fort dommage de ne pas avoir l'arc précédent (Amazing Spiderman N°529 à 531 : "Voyage à Washington"), qui servait de prologue à "Civil War". On y voyait Tony Stark et Peter Parker au sénat, tentant de négocier la future loi pour le recensement (l'un des passages les plus importants pour la mise en place des événements à venir) et entre autres choses, la promesse d'allégeance de Spidey à Iron Man et l'introduction du nouveau costume high-tech de Spiderman...
Le passage sur Wolverine est beaucoup moins incontournable pour le crossover. Mis à part qu'il permet au "griffu" de poursuivre le méchant "Nitro", responsable des événements de Stamford, à la base de la guerre civile. Le lecteur apprendra également à quel point le mutant est indestructible en le voyant se régénérer à partir de son squelette ! Pour le reste, le scénario est solide et il y a une déclinaison intéressante sur les spéculateurs véreux qui pourrissent l'humanité en utilisant la guerre pour s'enrichir, quitte à utiliser la notion de "dommage collatéral"...
Quant au dessin, attention, ça pique les yeux ! Humberto Ramos possède un style humoristique aux figures hypertrophiées très particulier qui ne fera certainement pas l'unanimité. Le climax est ultra violent, ce que certains pourront trouver "grimm'n gritty". Personnellement, je trouve cela cohérent. Davantage en tout cas, que les vieux comics où l'on voyait Wolverine balancer ses griffes à tout-va sans verser la moindre goutte de sang... Le personnage achève donc de devenir le seul, qui dans l'univers des super-héros Marvel (sachant que le Punisher, Ghost Rider et autre Blade ne peuvent pas véritablement être considérés comme tels), est autorisé à dépasser les bornes.
Une série d'épisodes qui démontrent la popularité du personnage, au point de voir rééditer sa participation au crossover au dépend d'autres séries peut-être plus importantes.
Si la mini-série "Civil War" en elle-même est au final très courte, je veux dire par rapport au tsunami éditorial qui en découle, les répercussions qu'elle opère sur l'univers Marvel sont si importantes, que toutes les séries de la "Maison des idées" vont en être infectées. Du coup, "Civil War" n'est plus simplement une "mini-série", mais un gigantesque prisme, sorte de toile d'araignée aux ramifications infinies qui dureront jusqu'à trois ans et plus pour certaines franchises ! C'est incontestablement son point fort, qui permet par ailleurs de rendre l'ensemble dense, en approfondissant l'implication de chaque personnage au cœur de l'événement à travers sa propre série. Mais...
Tout ça est infiniment pernicieux. L'intérêt est d'amener le lecteur à lire un maximum de séries et de le rendre accroc à ces dernières. L'opération a d'ailleurs tellement bien fonctionné que désormais, Marvel réserve à ses lecteurs un event par an, interférant plus ou moins avec toutes les autres séries. Depuis "Civil War", on a donc pu assister à
World War Hulk (2007),
Secret Invasion (2008),
Dark Reign (2009),
Siège (2010) et Fear itself (2011) !
Personnellement, je trouve cette spirale infernale néfaste. Car à présent, aucune série n'est indépendante, aucun auteur ne peut développer librement et longuement une franchise. La faute en revient évidemment au geek de base, qui constitue le gras du lectorat (l'horreur qui fut la mienne lorsque je lus récemment sur un forum : "Comme l'a dit Axel Alonso dans sa dernière prestation éditoriale sur CBR, les lecteurs sont en quête de connectivité, il faut qu'une série soit rattachée aux autres pour accrocher le lecteur"), et qui ne réagit qu'à la dimension "événementielle". Cette "drogue à l'événementiel", qui soumet donc le fan de base, ne permet guère à certaines séries de s'émanciper sans tomber ponctuellement dans le plan commercial. Enfin, quel est l'intérêt de créer un événement censé marquer la mythologie développée de façon indélébile si c'est pour l'anéantir d'un statuquo quelques mois plus tard ?
Avouons que tout ceci est vraiment très commercial...