JP se dissimule derrière une barbe fournie et de larges lunettes de soleil, et c’est comme un avertissement, que tout ne sera pas si simple. La maison de JP, quant à elle, a des fenêtres grandes ouvertes, et c’est bien.
Depuis plusieurs années (la fin des Innocents, et la fin du millénaire), de drôles d’oiseaux ne font qu’y passer, puisque d’hommages à Etienne Daho ou Boris Vian en groupe éphémère (Red Legs, avec Jeanne Cherhal), en passant par un drôle de théâtre ce soir (
Imbécile, d’Olivier Libaux), le chanteur adjoint nombre de cordes vocales à son arc. Et
Clair donc, deuxième opus en solo du bonhomme, s’est préparé entre tous ces autres projets, plusieurs voyages, et autant de réflexions, guitare en bandoulière.
En fait, on pourrait assurément considérer que JP rumine, retouche sa copie à maintes reprises, invite quelques amis (les claviers d’Albin de la Simone, le chant de Bertrand Belin, et son violon), ou se pelotonne auprès de quelques musiciens à l’exemplaire discrétion. Mieux, dans sa ferveur à assurer, parfois seul, guitare, batterie, basse ou orgue, les couleurs de ses chansons, on sent confusément qu’il préfèrerait sans doute ne pas même enregistrer ces refrains, les laisser traîner sur un coin de table, et les retrouver, comme par hasard, après un match de football pour rire, en bob avachi et paire de Converse délacées.
Mais ce serait compter sans cette discrète et pudique pression d’offrir un bouquet de fleurs, ou de mélodies. Justement,
Clair commence par
« Myosotis » (plus on est de fous, plus on rit), et se poursuit par
« Clair » (et sa liaison hasardeuse, en « je nous voyai-t-à peine »), la chanson-titre pas claire, mais lucide (« vraiment sincère quand je parjure »), et au lustre sixties. Ensuite, on aura droit à des odes à l’indécision (
« Mandoline »), ou à des talking-blues caustiques (
« Seul Alone »), voire une prière païenne (
« Elle »). Pour dire clair, on aura du mal à cerner toutes ces comptines, et c’est tant mieux, car notre bonhomme n’aime rien tant que ces mots impressionnistes, comme lorsqu’on fixe de très près une tache sur le sol, et que la couleur finit par perdre ses contours.
Voilà, c’est cela : les chansons de JP Nataf ont des contours flous, même si elles sentent le bois (des tables d’harmonie des guitares, des manches de banjo, du gros ventre de la contrebasse), et rappellent toutes que le paradis se situe quelque part à mi-chemin d’un feu de bois sur les berges de l’Orénoque, et les œuvres complètes des Beatles. Alors, ces chansons nous accueillent sans affèterie, refusent de répondre aux questions évidentes (ça raconte quoi ?), d’offrir des mélodies évidentes, mais le tout avec la chaleur humaine qui reste le moteur du monde. Venez comme vous êtes :
Clair vous attend.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story