Il suffit de dire que ce roman commence chez un proctologue pour comprendre qu'on a affaire à une oeuvre difficile. Pénible, diront certains.
En surface tout risque de provoquer l'ennui. Il y a d'abord la minceur de l'intrigue, qu'on pourrait condenser sur une page sans rien manquer d'important. Le sujet, peu flamboyant: un mariage qui se délite dès sa première année. Ensuite la frustration que l'auteur ait quitté ce bas-monde sans avoir posé le point final. Le choix du rythme, on ne peut plus lent, qui nous offre un luxe de détails à la signification plus ou moins évidente. Enfin surtout ces dialogues... interminables! Pire, dialogues souvent laborieux, qui illustrent l'impossibilité de communiquer.
Alors pourquoi lire "Clair-Obscur" un siècle après sa parution? Peut-être parce que derrière cette apparence peu flatteuse il y a un tissu extrêmement dense de choses à voir, à sentir, à comprendre, à détester et à aimer sur les relations hommes-femmes. Soseki intrigue son lecteur à partir de très peu. Ce souci maniaque de tout dire, au début c'est curieux, mais à la longue c'en devient fascinant. Que de travail derrière. L'ensemble manque sans doute de poésie, mais c'est une lecture marquante quand on aime une littérature exigeante.
Coup de chapeau aux traducteurs qui nous ont donné ce classique. Leur travail n'a pas dû être de tout repos.