Cela pourrait ressembler à un conte de fées : après avoir été honoré de deux Victoires de la Musique en 2008, vu son premier album certifié disque de platine, participé à une nouvelle saga des Enfoirés, et épousé il y a quelques mois la Lolita de Renaud, Renan Luce pourrait considérer son paradis pavé des meilleures intentions.
Toutefois, celui qui se reconnaît volontiers comme inspiré à la fois par Bénabar et Georges Brassens, doit désormais affronter le péril du deuxième album. Pourtant, tous ceux qui l’attendent au coin du refrain en seront pour leurs frais : Luce a grandi, et va être désormais bien difficile à déloger.
Le Clan des Miros a en effet été conçu comme un tout homogène, et non pas une simple collection de chansons (aussi savoureuses soient-elles, comme
« On n’est pas à une bêtise près », qui a été
in petto réquisitionné pour être utilisée comme générique du film
Le Petit Nicolas). Après le succès aussi surprenant qu’indiscutable de
Repenti, le chanteur a convié quelques amis (dont Alexis HK et Benoît Dorémus, pour un trio inspiré par la comédie italienne dans
« Grand-père »), et a de nouveau convoqué le producteur et ex-Valentins Jean-Louis Piérot (qu’on a récemment applaudi au côté de Miossec).
En outre, le petit monde du jeune chanteur se contemple toujours pudiquement, et dans un regard oblique qui affranchit des perspectives : ainsi, la chanson-titre mêle en un joyeux fourre-tout la pompe guitaristique des Amis de Georges, et un quatuor à cordes échappé des très riches heures de la pop anglaise. Plus loin, les guitares en cavalcade illumineront quelques refrains enjoués et sensuels. Car Luce le rappelle à chaque vers : ce qui est triste ne s’avère jamais définitif, d’un émoi amoureux au romanesque cinématographique –
« Nantes » - à la mobilisation de chaque enfant qui sommeille encore en chacun de nous (
« La Rue de l’oiseau-lyre »). On nous pardonnera une préférence affirmée pour l’évocation de l’univers de Sempé et Goscinny, refrain instantané, appel immédiat aux claquements de mains, et enthousiasme prévu de la tournée à suivre.
Au détour d’un couplet, on évoque «
un vieux Françoise Hardy » : gageons que, d’ici quelques années, on se remémorera avec semblable affection des bouts rimés du Parisien.
Le Clan des Miros, disque modeste, et sensible, et pertinent tout à la fois : ce que l’on peut considérer comme une réussite.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story