Un an seulement après son premier roman Brown's Requiem, James Ellroy publie Clandestin et pulvérise les règles du polar tout en se plaçant définitivement en orbite du genre. On suit les débuts de la carrière de policier du jeune Freddy Underhill à partir de 1951. En tandem avec un vieux flicard bougon et alcoolique, et qu'il vénère pourtant, il obtient vite une récompense d'honneur lors d'un fait d'arme héroïque durant lequel il perdra son coéquipier. Cet évènement sera le début de sa nouvelle vie. Il l'imagine exemplaire mais le zèle le fera vite déchanter. Une mauvais intuition, une association hasardeuse menant à une enquête clandestine et sa carrière part vite à la poubelle. Dupé, déchu, humilié.
Mais l'appel du devoir civique, de la vengeance ainsi que des égards qu'il doit à son défunt coéquipier le fera chercher la rédemption. Omnubilé par sa dernière enquête bâclée, il repart en chasse, de son propre fait cette fois. Tout devient alors clandestin. Sa vraie vie, ses fausses identités. Mais l'univers glauque dans lequel il navigue n'est pas illusoire lui. Crimes passionnels, jalousies, trafic de stupéfiants à grande échelle, inceste... De découvertes révulsantes en révélations inavouables, Underhill voit son état psychique et physique décliner face à tant d'horreurs. Mais son obstination est plus puissante que sa répulsion.
Ellroy sort des sentiers battus du polar en tissant un récit réaliste où chaque protagoniste représente ce qu'il déteste. Car ce qui l'intéresse avant tout, c'est bien sûr la description de ce Los-Angeles des bas-fonds. Repoussant et peuplé d'individus dont les valeurs n'ont rien de communes avec la bien-séance. Ce sont ces personnages sordides, pathétiques, déconnectés qui l'importent. L'autre côté du miroir, l'étude de moeurs plus qu'une intrigue pourtant admirablement ficelée et particulièrement bluffante de mise en place. Le début d'un panorama sociologique d'une Amérique qu'il adore autant qu'il déteste.