Je trouve que parmi les "rock star", gens inaccessibles par excellence, certains apparaissent plus aimables que d'autres. Leurs talents mis de coté, des Lennon, Morrisson, Jagger, Page, ne m'ont jamais semblé des personnes fort symphatiques... Mais je me trompe sans doute ! Par contre, des Knopfler, Springsteen ou Clapton bénéficient selon moi d'un capital sympathie très élevé ! Cette autobiographie d'Eric Clapton a confirmé l'opinion que j'avais du monsieur.
L'enfance de Clapton est digne d'un mélodrame, tel, qu'un scénariste n'aurait osé l'imaginer. A l'âge de 9 ans, il apprend que ses parents sont en réalité ses grands parents ! Et donc ses frères et soeurs sont ses oncles et tantes. Lorsque sa vraie mère réapparaît enfin, et qu'Eric lui demande "je vais pouvoir t'appeler maman alors ?" elle lui répond "ce n'est pas la peine, ne change pas tes habitudes". Ca fait mal ! C'est donc élevé par ses grands parents, que le jeune Eric grandit entouré d'amour, dans une petite ville d'Angleterre, passant son temps entre deux passions : le dessin et la musique. Vers 15 ans, il choisit définitivement la musique et le blues, et trouve sa voix.
Ce livre est très simplement écrit. Clapton y raconte sa vie avec honnêteté et sincérité. De la découverte des disques de blues, ses premières guitares, ses entraînements intensifs auxquels il se soumettait pour imiter Freddy King ou Muddy Water, ses premiers engagements, les concerts miteux... jusqu'au fameux "Clapton is God" en 1965. Eric Clapton était un puriste, ne voulant céder à aucune concession commerciale. Entendez par là : la musique pop. Il est passé par un tas de groupes, évitant à chaque fois d'en être le leader. Mais il en était le moteur, y compris chez les Bluesbreaker de John Mayall. Clapton raconte tout, sa technique de guitariste, sa vie sentimentale chaotique, ses trips sous acide avec Cream, son addiction à l'héroïne en 1970, puis dans l'alcool, le décès de son fils Conor, ses relations avec ses amis George Harisson, Pete Townsend, Steve Windwood...
On y découvre plein de choses, des secrets de fabrication, des anecdotes, on y croise que du beau monde (Hendrix, les Stones, Dylan, Stevie Ray Vaughan...). On y découvre surtout un homme simple, drôle, timide, mal à l'aise, qui s'affranchit de ses démons intérieurs avec sincérité. Un homme qui a voulu échapper à une vie de doute et de souffrance en se bourrant le cerveau de drogues et de vodka, pour vivre dans un état second, hors des réalités. Il est descendu très bas, et cela teint du miracle qu'il en est survécu.
Cette autobiographie se lit très vite, elle est passionnante (la période 1966-73 est un passage fabuleux pour tous les amateurs de rock), et transpire la sincérité, la lucidité à chaque page. Eric Clapton, surnommé "Dieu", se révèle être un personnage profondément humain, terriblement attachant, farceur, amoureux de la campagne et de la pêche à la ligne. Il semble avoir retrouver son équilibre, et on en est heureux pour lui.