Orange mécanique - Edition collector limitée- Exclusivité Amazon.fr [Blu-ray]Je croyais le film vieilli, parce que j'avais un jour entre aperçu un extrait en français dans une émission TV, et voilà que je le redécouvre en VO cette fois (sous titré français).
Ce qui change tout. Vraiment tout. Et moi qui ne comprends pas l'anglais, j'ai pourtant entendu tout ce qui se dégageait de la version originale. La traduction en français des mots inventés par Burgess n'a aucun sens et c'est la raison pour laquelle certains trouvent le film " démodé ".
L'histoire du film est tirée du livre d'Anthony Burgess qui, et en tant que linguiste, avait imaginé une jeunesse à la dérive, s'inventant un langage pour communiquer entre eux. C'était un visionnaire. Voir aujourd'hui le rap et le texto. Il avait aussi imaginé, dit-on, dans un futur proche la montée en puissance de la violence urbaine. Sauf qu'il a écrit cette histoire en 1962 à la suite d'une agression vécue par lui et par sa femme à son domicile, et que cette explosion de la violence s'est bel et bien produite.
En tant que linguiste donc, et dans son écriture Burgess se sert beaucoup de l'oxymore, juxtaposition de mots de sens contraires, et d'actes dont le rapprochement est inattendu. L'histoire, elle, traite du libre arbitre avec une fin différente de celle du film.
Ce postulat accepté dès le départ (invention du langage) le film me paraît bien supérieur au bouquin. C'est rare. Dans le film, Kubrick donne encore plus de relief à ces sens contradictoires. Dans la bouche d'Alex, génial Malcom McDowell, certains mots doucereux à la suavité appuyée, accompagnent les pires actions des protagonistes. Le langage précieux du héros (acteur époustouflant) contraste absolument avec ses actes et ses intentions. Kubrick voulait-il montrer qu'une civilisation avancée, voire raffinée, peut produire les pires monstres (nazisme) contrairement à l'idée qui voudrait que les actes barbares ne seraient que le produit de l'ignorance et de la pauvreté ? Sûrement. Sans compter que chaque plan apporte une réflexion sur l'oeuvre de Kubrick.
Ce film est à voir aussi comme une rareté, parce qu'actuellement, les producteurs soucieux du politiquement correct, n'accepteraient jamais de prendre de tels risques. D'ailleurs, à la suite de pressions diverses, et de l'incompréhension de pas mal de critiques, Kubrick avait lui-même demandé son retrait des salles britanniques. Moi, à l'époque, en salle et sur écran géant, j'en avais pris plein les yeux, les oreilles et j'étais ressortie de la projection complètement sonnée, plus pacifiste que jamais, et fan absolue de Beethoven.
D'ailleurs je vais me racheter la 9em symphonie en CD, par l'Orchestre de la résidence de la Haye, dirigé par Willem van Othello, la meilleure version selon moi. J'ai le coffret vinyle mais chaîne en panne.