Clones est une histoire tirée d'une série SF de cinq livres BD. Nous sommes dans le futur, les humains possèdent presque tous un double robotique. Allongés confortablement dans un fauteuil, les humains (opérateurs) commandent leur clone à distance via un système informatique relié à leur cerveau. La ville n'est désormais plus occupée que par les robots (clones) qui effectuent toutes les tâches en lieu et place de leur opérateur humain. Dans les grandes villes donc, tous les humains ont leur clone. Tous? Non! D'irréductibles humains résistent encore à cette évolution. Ces humains sont reclus dans des espèces de guettos assez pourris qui sont ici appelés « réserves » desquels les clones sont interdits. Ces récalcitrants sont appelés « sacs à viande » par les opérateurs de clones (c'est dire s'ils sont respectés). Dans ces villes « idylliques » où le problème sécuritaire semble éradiqué, la destruction par un inconnu d'un, puis de cinq clones provoquant soudainement la mort simultanée de leur opérateur humain, sème la panique chez les dirigeants. Deux agents du FBI ou plutôt leurs clones (Bruce Willis) se mettent sur la piste du tueur. Le réalisateur Jonathan Mostow engage alors rapidement son suspens au rythme haletant.
L'idée de départ est géniale, les hommes ne travaillent plus, ne prennent plus aucun risque, ce sont les robots qui font tout à leur place. Les policiers sont des robots de même que les militaires. Plus aucun risque donc même pas de contagion de maladie. Plus aucune fatigue non plus ! Mais que devient l'humain dans tout cela ? Tout se passe par procuration ! La vie a t-elle encore un sens ? Et quid des sentiments et de l'amour ? En effet, même pour leurs loisirs, les humains se font remplacer par leur double. Le film délivre quelques très bonnes idées et ébauche de réelles réflexions à ce sujet. Les clones ne sont nullement génétiques et chaque humain peut en choisir l'apparence. C'est à nouveau l'occasion de critiquer la nature humaine qui veut que chacun souhaite se montrer sous la meilleure apparence. Les plus vieux ou les plus moches choisissent un clone jeune et beau parfois à milles lieues de ce que à quoi ressemble leur « maître » humain. Du coup en ville, on ne croise que des tops modèles. Cette très bonne idée est mise en image de manière souvent très drôle dans le film.
Jonathan Mostow ne fait pas dans la périphrase, il nous saucissonne son film en 85 minutes tous génériques inclus c'est à dire à peine 80 minutes d'images. Y a pas à dire, ça fait tout de même court pour un pitch si enthousiasmant ! Il avait entre les mains une idée en or, de quoi faire un film de SF ambitieux mêlant action, rebondissements, intrigue vertigineuse couplées à une véritable critique sociale. Il choisit le style direct, sans temps mort avec une trame rapidement mise sur les rails. Malgré les qualités de l'adaptation, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y avait moyen de faire un peu plus avec une telle idée de départ, de pousser l'intrigue plus loin et de fouiller les personnages d'avantage. Qui plus est, s'il s'agit d'un film de SF, il reste visuellement étonnamment ancré dans notre présent. En effet, les véhicules, les villes, les habits... sont tout à fait contemporains. Nous n'avons donc pas droit à une vision futuriste de la société à la « I Robot » par exemple. Du coup, les trouvailles visuelles sont assez rares en la matière. Le visage de Bruce Willis sous sa forme robotique est étonnant. Rapidement bouclé donc, le métrage est tout de même monté de manière fort efficace avec une course poursuite impressionnante (les clones ont des facultés physiques décuplées) et une très bonne lisibilité dans les scènes d'action. Le tout a le mérite de rester cohérent et bien compréhensible jusqu'à l'excellent final très réussi.