Après vérification dans le TLF, je me suis aperçu que l'on prononce le mot « Codicille », non pas avec la terminaison de « famille », mais avec celle de « tranquille ». Ce terme masculin (UN codicille) appartenant à l'origine au domaine juridique, réfère à un ajout à un texte publié antérieurement, en l'occurrence ici, à BARDADRAC cf.
Bardadrac, texte paru au Seuil en 2006, dont le présent ouvrage est le prolongement.
J'avoue ne pas avoir eu encore le loisir de lire l'ouvrage de 2006, ce que je ne manquerai pas de faire dans un avenir proche, d'autant que je suis autant intrigué par son titre qu'alléché par les critiques assez élogieuses qui en ont été faites.
C'est, à tous égards, à un Genette inattendu qu'on a affaire ici. Imaginez un dictionnaire à multiples entrées consacrées à des anecdotes historiques ou biographiques, à des réflexions sur des modes intellectuelles ou autres, à la relation d'événements passés dans le milieu universitaire gentiment brocardé parfois, à l'évocation de souvenirs d'enfance et de jeunesse, à des tics de langage, comme les fameux médialectes (Mot forgé, par analogie avec « sociolecte » , qui réfère à un « dialecte » particulier à un groupe social) dont Genette dresse une liste étoffée pour se moquer avec la complicité du lecteur d'une terminologie utilisée sans discernement par les médias (comme, par exemple : une attaque est toujours en règle ; un loup est toujours jeune), compilation que n'est pas sans rappeler le dictionnaire des idées reçues dans Bouvard et Pécuchet où se trouve déridé le langage à la mode des couches bourgeoises du milieu du XIXe siècle.
Un peu à la manière de Rousseau, dont Genette avoue aimer les Confessions, il lui arrive de rappeler certaines petites scènes où il ne s'est pas toujours montré à son avantage : n'avoue-t-il pas avoir utilisé un jour le verbe arguer (« Il argue ... »), sans prononcer le « u », comme si celui-ci ne servait qu'à rendre le « g » dur ? Beaucoup commettent cette faute, tout de même que certains prononcent « gageure » en pensant que la finale est celle de « beurre », alors qu'en réalité elle est celle de « mûre ». Ce sont certes des détails, mais savoir reconnaître ses travers, de la part de quelqu'un qui connaît sa langue, c'est un signe d'honnêteté intellectuelle à montrer en exemple. D'aucuns qui écrivent à tour de bras des chroniques sur la langue française feraient bien de s'inspirer d'une telle attitude. Personne n'a la science infuse, pas même celle de sa propre langue et tel, qui aime à relever à longueur de journée des fautes chez ses contemporains, peut un jour ou l'autre se voir reprocher une quelconque bévue : de bonne foi, celui-là doit reconnaître ses erreurs, ce qui malheureusement n'est presque jamais le cas chez les prétendus gendarmes de la langue française.
Pour qui aime Perec et ses « Je me souviens », Genette sacrifie à cet exercice de style dans un article regroupé sous le titre « Souvenances » (page 271 et suiv.)
En bref, un ouvrage qui fourmille de notations souvent bien pensées, mais jamais méchantes envers personne. On pardonnera à Genette sa trop grande complaisance à l'égard de R. Barthes, le trop controversé R. Barthes ; on lui pardonnera également de ne pas avoir su prendre ses distances par rapport à quelques théories à la mode dans les années 1970, tant il sait rendre vivantes quelques petites scènes auxquelles il a assisté : je n'en veux pour preuve que l'article (« Mike ») consacré à M. Riffaterre, ainsi qu'au récit succinct des disputes adolescentes entre Simenon et G. Poulet dans l'article « Canal ». Qui aurait pensé que ces deux-là s'étaient connus ? Plaise au ciel que Genette né en 1930 ait encore une vie assez longue pour donner plusieurs suites à ce « Codicille » du même tonneau !