Ecrit par Jean Gruault, romancier, scénariste et dramaturge associé à la 'Nouvelle Vague', auteur aussi de 'Mon oncle d'Amérique' et de 'L'amour à mort' pour le même cinéaste, 'La vie est un roman' est l'un des films les plus originaux et particuliers de son auteur.
Situé à trois niveaux différents : deux époques (1914/1919 et 1982) et un niveau féérique (imaginé par les enfants du collège et qui relève de l''héroic fantasy', d'autant plus que c'est l'immense Enki Bilal qui a scénographié ces séquences-là), ce long-métrage ambitieux, mais hermétique de l'iconoclaste Alain Resnais, se déroule dans un château (qui relève entièrement du décor) qui est un palais et un temple, autrefois voué par son créateur (que joue le chanteur d'opéra italien Ruggero Raimondi, qui a dû se sentir plutôt à l'aise dans cet univers lyrique, fou et baroque) à la recherche du bonheur, qui accueille 'à notre époque' un colloque organisé par Robert Manuel sur l'éducation dans ce qui est devenu un collège expérimental dirigé par l'excellente Véronique Silver (inoubliable dans 'La femme d'à côté' de François Truffaut).
Peut-on construire son bonheur en faisant du mal à son prochain ? C'est la question à laquelle tente de répondre ce film qui voit Ruggero Raimondi faire absorber au début du siècle et malgré eux à ses invités un breuvage qui efface la mémoire dans le but de les faire renaître en mieux, et les invités au colloque d'aujourd'hui sur de nouvelles méthodes d'éducation destinées évidemment elles aussi à rendre les enfants 'meilleurs' se disputer jusqu'à mettre fin au colloque de manière prématurée, personne n'étant d'accord avec personne.
La recherche du bonheur dans l'amour comme de l'amour dans le bonheur et ce sur fond de chœurs harmoniques (car il y a aussi du Jacques Demy dans ce film) et d'échanges culturo-sexuels entre l'Ancien et le Moderne dont il est question dans ce film-dédale, au travers duquel son réalisateur cherche à partager et donc à communiquer, surprend et intrigue par sa forme (les décors sont magnifiques), mais paraît quand même un peu artificielle et vaine, trop construite, mais surtout fantasmagorique : on est chez Jean Cocteau dans 'Le testament d'Orphée' ou chez Alejandro Jodorowski dans ses films surréalistes ou chez Federico Fellini dans ses délires abracadabrantesques.
Etrange, insolite et inclassable, ce divertissement philosophique ravira les uns et laissera de marbre les autres !
Restent en tout cas la juvénile beauté de Sabine Azéma, les splendides décors de Jacques Saulnier et Enki Bilal, les chaudes images de Bruno Nuytten et tous les formidables interprètes qui parsèment le film de leur talent : Fanny Ardant et André Dussolier autour de Ruggero Raimondi en 14/19, Vittorio Gassman et Pierre Arditi, Geraldine Chaplin et Martine Kelly, Jean-Louis Richard et Jean-Michel Dupuis et Philippe Laudenbach autour de Sabine Azéma en 82.
Bonus : un intéressant 'making of' d'époque (29mn), des entretiens avec Alain Resnais (11mn), Sabine Azéma (3mn), Jean Gruault (16mn), Sylvette Baudrot, la scripte (16mn) et Jacques Saulnier (14mn)