Grand fan d'Alien depuis des années, j'attendais l'édition Blu Ray avec impatience. Ce coffret anthologique répond quasiment à toutes les attentes qu'on peut avoir.
Le packaging est élégant et bien fait, avec un facehugger en relief sur l''extérieur. Dedans, un boitier articulé avec les 6 disques ; rien d'exubérant mais vos disques sont protégés et facilement accessibles. Chaque coffret est numéroté, on est bien sur une édition limitée. L'anthologie a droit à son interface spécifique "Weyland-Yutani", qui servira de menu à chaque disque, c'est plutôt bien réalisé et respecte l'ambiance générale de la série.
Disque 1 : Alien, de Ridley Scott
C'est l'extraordinaire révélation de cette anthologie, qui justifie à elle seule son achat : le film a été restauré à la perfection, à la hauteur de ce qui a pu être fait sur Blade Runner. Les couleurs, les contrastes, la qualité des noirs et de toutes les nuances sombres si fondamentales dans ce film, tout a été contrôlé minutieusement pour révéler l'oeuvre du visionnaire Ridley Scott. On redécouvre certaines scènes, et la multitude de détails qui apparaissent dans cette restauration est saisissante. Par ailleurs, le disque contient la version sortie en salle en 79, et aussi la version "spéciale" avec les scènes initialement coupées, elles aussi parfaitement restaurées. On peut avoir une préférence pour la version de 79, la seconde étant un tout petit peu moins rythmée, mais les amateurs trouveront là un bel objet de curiosité. Quoi qu'il en soit, ce film qui a plus de 30 ans réussit à nous remettre une grande claque grâce à la haute définition et à un beau travail sur le master, bravo !
Disque 2 : Aliens, de James Cameron
Une excellente restauration là aussi, bien qu'un ton en dessous du premier film ; les contrastes sont un tout petit peu moins bien assurés, l'image fourmille imperceptiblement par moments, mais ça n'en reste pas moins la meilleure édition d'Aliens à ce jour, indiscutablement. Elle est là aussi présentée dans sa version cinéma, et dans sa version longue. A l'inverse du premier opus tout en nuances et en suggestion, le Cameron nous en met bien plein la tête, et plein les oreilles aussi, on est scotché à son siège du début à la fin et certaines scènes sont encore aujourd'hui de véritables références pour tous les films d'action : la restauration fait justice au travail du réalisateur et immerge le spectateur dans cette suite fort différente mais très efficace.
Disque 3 : Alien 3, de David Fincher
Ce film très controversé est lui aussi présenté dans sa version cinéma ET dans sa version Director's Cut, et dans son cas, cette version alternative est à voir impérativement pour tous les cinéphiles. La version Director's Cut est celle qu'aurait voulu Fincher avant que les studios l'obligent à altérer son film de manière importante, craignant que la noirceur du monde du réalisateur ne rende le film inexploitable en salles. Le rythme y est différent, mais surtout certaines scènes entière réapparaissent, comme par exemple la découverte de Ripley sur la plage, la naissance de l'alien, etc. C'est quasiment une autre histoire, d'autant plus que les scènes alternatives ont été restaurées avec soin et intégrées au film de manière à proposer une expérience identique quelque soit la version : du grand art !
Disque 4 : Alien resurrection, de Jean-Pierre Jeunet
Quoi qu'on puisse penser de la "vision" de Jeunet sur Alien, il ne méritait certainement pas aussi peu d'attentions, en regard des efforts fournis pour les 3 opus précédents. Le film le plus récent est aussi celui qui est le moins bien restauré ! On y trouve une qualité d'image très disparate, parfois avec un piqué tout à fait respectable, et le plan suivant on a l'impression de passer sur une mauvaise copie, avec des couleurs un peu flottantes, des contrastes variables, une définition médiocre... Paradoxalement, les plans en 3D extérieurs sont ceux qui souffrent le plus (les images de la maquette du Nostromo font bien meilleure figure). Ca reste regardable mais très surprenant compte tenu de la haute qualité des autres restaurations. Encore une fois, version cinéma et version alternative, présentée par le réalisateur, qui semble payer ici certaines déclarations concernant son expérience des studios américains...
Pour chaque film, on trouve donc une version salles et une version alternative, et aussi les commentaires audio ou la bande originale isolée, et même ses enregistrements originaux tels que voulus par le compositeur.
Disque 5 : "la création"
Ce disque regroupe des heures de bonus divers, en qualité DVD. Il est probable que seuls les plus cinéphiles s'y aventureront, mais pour les plus courageux, il s'y cache des documents d'une valeur inestimable : les essais de casting de Sigourney Weaver (qui se trompe d'adresse le premier jour et a failli ne jamais jouer dans Alien), la genèse du script racontée par Dan O'Bannon, le plan joué par Finch dans le rôle de Kane avant qu'il ne tombe gravement malade et soit remplacé par John Hurt, les témoignages de la plupart des acteurs, des réalisateurs, de Giger, de spécialistes des effets spéciaux, producteurs, chef ops, compositeurs et autres, ou encore des anecdotes étonnantes comme l'allergie de Sigourney Weaver au chat Jonesy, les enfants de Ridley Scott qui apparaissent dans le film, les émotions de l'opérateur du powerloader (qui est entièrement fait en contreplaqué), les échanges houleux entre l'équipe de Cameron et l'équipe de tournage en angleterre, la présence du visage de Meryll Streep dans Alien 3, les pressions insensées subies par Fincher, le super-facehugger ou l'alien "bambi" auquel vous avez échappé, etc... Une vraie mine d'or qui comblera les plus patients, quitte à supporter quelques interviews convenues entre deux révélations.
Disque 6 : les archives
L'utilité de ce dernier disque ne vaut qu'à titre documentaire et confère à cette anthologie un caractère exhaustif. Ceux qui ont apprécié le disque 5 aimeront explorer celui-ci, qui présente de nombreuses galeries photo, des scripts, des séquences vidéo diverses, des témoignages additionnels, etc. C'est moins fluide que "la création", on a l'impression que les documents sont entassés comme ils peuvent, mais globalement on prend plaisir à farfouiller dans cette sorte de brocante, de retrouver un élément de décor, des polaroids annotés, un collectionneur fou, des pépites de ce qui a fait l'histoire du cinéma... On y trouvera même la vraie fin de Burke, qui a bien été tournée mais jamais incluse, dans aucune version. Pas indispensable mais bienvenu pour compléter et sans doute achever l''expérience proposée par ce coffret.
Au final, même si on peut regretter la fausse note technique concernant le film de Jeunet (ce qui explique les 4 étoiles), on a là un très bel objet de cinéma, qui ravira les fans les plus curieux et les cinéphiles les plus exigeants. Une véritable référence, et probablement l'édition ultime de l'anthologie : à acquérir (ou offrir) d'urgence !