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5.0 étoiles sur 5
As Tears Goes By, 10 avril 2009
Entrée dans le monde du rock sans en connaître les codes, Marianne Faithfull appris vite et trop bien ce qu'une certaine vision idéalisée du rock'n'roll circus pouvait occasionner au niveau humain. Égérie des Stones dans les années 70 et partenaire amoureuse de Mick Jagger, dont elle perdra l'enfant quelques temps après leur rupture, Sister Morphine est une femme dont on ne peut nier, ni le côté glamour, ni le côté obscur. Côté glamour, il y a ce début de carrière prometteur avec quelques titres et albums dont on se souvient encore. Les folles soirées du Swinging London où les princesses ne croient plus aux contes de fées, mais jouent avec le feu d'une poussière blanche, héroïne de bien des descentes aux enfers. Côté obscur, il y a la fin prématurée d'une maternité, la mort soudaine de l'ami Brian Jones, le trop plein de poudre au nez et son cortège de dépressions qui l'entraîneront dans une traversée du désert de presque dix ans. Dix années d'errances, d'impasses en tous genres durant lesquelles sa voix se brisera d'un blues à perdre la raison.
Alors que la situation matérielle de la diva déchue est au plus bas, quasiment oubliée, c'est l'opportuniste Chris Blackwell qui va être sa bouée de sauvetage. En matière de remise à flots, le patron d'Island en connaît un rayon. Aussi, avec la force de persuasion qui le caractérise, il pousse Marianne à se remettre en question. Précisément à l'écriture pour se délivrer de ses angoisses existentielles. Et ça marche. Refusant toutes les pointures qu'on lui propose, hormis l'inspiré Stevie Winwood dont elle se fera forte de brider les claviers, l'artiste retrouvée s'enferme avec son groupe pour composer. A cette époque, Marianne vit dans un squat. Cloîtrée avec ses musiciens, confronté avec elle-même, les relations sont tendues. Aussi tendues que l'urgence punk qui, dehors, fait front de tous bords, tout en renvoyant les anciennes gloires, pour un temps, au rayon has been. Malgré ou grâce à cela, en quelques semaines l'album est bouclé. Un album sombre, autoportrait d'une femme qui semble avoir vaincu ses vieux démons, moite de cette désespérance qui fait de la colère un miracle.
Objet témoignage, Broken English est avant tout le disque d'une femme, d'une chanteuse qui se livre au travers d'histoires suintant le traumatisme à fleur de peau. Semblable à un fragment toxique apprivoisé, chaque titre nous prend à bras le corps, s'infiltre en nous jusqu'à nous submerger par son interprétation. Car c'est également de cela qu'il s'agit. D'interprétation. Ourlée d'émotion, constamment sur la rupture, la voix de Marianne possède un timbre qui se confond avec son vécu. Âpre, sinueux, que l'on croit fragile, mais qui se tend tel un arc au moindre signe de trahison. A 33 ans, l'interprète de ce disque sensible est une ressuscitée. Tourmentés par excellence, paumés plus que de raison, les textes qu'elle a choisit ou co-écrit nous parle de femmes au bord du vide, de sa propre angoisse à revenir à une vie normale, de cette culpabilité sournoise qui saisie les plus sensibles. Bien sur, on pourra croire avoir reconnu, entre les lignes, quelques règlements de compte, mais en final, on s'apercevra aisément que, de règlements de compte, il n'en est question qu'envers elle-même.
Musicalement, l'ex princesse des seventies n'est plus une baby doll et cela se ressent parfaitement au niveau de l'accompagnement. Car si la vie normale est d'une rare violence, pour celle qui a tenté de lui échapper si souvent, le minimalisme rythmique et synthétique qui accompagne la plupart des morceaux le lui rend bien. Sans en faire étalage, en plus de cette voix unique, chaque chanson porte en elle sa propre couleur, sa propre douleur. Que ce soit sur l'infortunée Guilt ou l'héroïque Working Class Hero, on ne trouvera pas l'ombre d'une désinvolture sur ce disque. Juste des guitares se tordant de fièvre, des claviers à la moralité assassine. Album d'une vie dont on tourne les pages avec pudeur, Broken English ne se livre jamais au hasard, mais crûment. Parfais exemples de cette crudité, Why D'ya Do It, à la poésie asphyxiante qui fait voler en éclat toute notion de confiance et What's The Hurry, la plus junky d'entres toutes.
Si ces témoignages d'une femme revenue de tous les désordres, ces histoires sans frein ne déguisent jamais l'émotion, c'est parce que même le sombre peu parfois nous éblouir.
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5.0 étoiles sur 5
La classe., 17 août 2005
Cela se voit moins sur le CD, mais la pochette était en 1979 d'une grande classe: cette clope rougeoyante sur cette Marianne bleuâtre, bleue de blues, bleue de nuit aussi sans doute. Ce disque est ce qui nous a évité de pleurer Marianne comme on a pleuré Nico. Elle ne s'est peut être pas crashé comme sa consoeur US, mais elle est restée vivante, classe et généreuse. Je l'ai vue sur scène récemment et je vous conseille le déplacement: malgré tout, Marianne est restée une chanteuse magique, adulte et classe. L'album, c'est un classique, chaque chanson fait mouche, il n'a pas pris une ride. La fameuse 'ballad' bien sûr, mais Broken English, Working Class Hero (la version est supèrieure à l'original de Lennon), Why did'ya do it (si vous comprenez l'anglais, attention les yeux, Marianne ne prend pas de gants...). Les orchestrations sont à tomber par terre et pourtant toutes en finesses.
La classe, oui, et pour toujours...
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