Critique
N’ayons pas peur des mots : il y a un avant et un après
Blue Lines. Sorti en 1991, le premier album de Massive Attack - rebaptisé Massive à cette occasion pour cause de Guerre du Golfe – fait partie de ces chefs-d’œuvre qui révolutionnent une époque en douceur, sans effusion de sang. Ce qui frappe d’emblée à son écoute, c’est la simplicité avec laquelle s’y mêlent les influences : les références et les citations sont nombreuses, on n’a pourtant jamais l’impression que le groupe recycle de l’ancien pour faire du neuf :
Blue Lines est authentiquement moderne.
L’héritage de la défunte Wild Bunch, le collectif de Bristol à l’origine du mouvement trip-hop, se fait sentir dès les premières mesures de
« Safe From Harm », le morceau d’ouverture. L’art du métissage atteint ici une virtuosité à couper le souffle. Basses puissantes et groove lancinant s’y déploient sur un arrière plan hip-hop - breaks, scratches et samples : Massive Attack vient d’inventer une nouvelle musique de club, lascive et dansante, croisement improbable de hip-hop (
« Blue Lines » et
« Daydreaming »), de soul (
« Be Thankful For What You Got ») et de reggae (
« One Love » et
« Five Man Army »). Même mélange des genres derrière le micro : les rappeurs 3-D et Tricky côtoient les voix de la diva Shara Nelson et du crooner jamaïcain Horace Andy.
La beauté et l’urgence de
« Unfinished Sympathy » en font sans conteste le temps fort de l’album. Porté par une orchestration plus riche - instruments à cordes et piano, le chant de Shara Nelson y atteint des sommets de sensualité. Sorti en single quelques mois avant la parution de
Blue Lines, ce morceau a connu immédiatement un très large succès et fait partie des classiques des années 90.
Thomas Henry - Copyright 2012 Music Story