18 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Tout simplement le meilleur, 2 juillet 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coffret 2 CD : Symphonies nos 3 Héroïque, 5, 7 & 8 (CD)
Ferenc Fricsay (1914-1963) était un chef d'orchestre de génie ; sa carrière fut aussi brève que réussie et ses enregistrements sont d'autant plus précieux qu'ils sont rares. Grand amateur du répertoire classique et romantique, Fricsay signa notamment des interprétations des symphonies de Beethoven, qui sont proposées ici par la Deutsche Grammophon. Ce chef avait un sens inné de l'équilibre orchestral et ses interprétations sont caractérisées par une recherche constante de la perfection, autant dans les sonorités, dans le tempo que dans l'équilibre. Dans un répertoire souvent sujet à des manifestations sentimentales réprouvables (notamment la Septième et la Cinquième), Fricsay refuse ici de céder aux épanchements romantiques inutiles et offre des versions austères et classiques, mais sans être froid et impersonnel.
Symphonie n°3 op.55 en mi bémol majeur « Eroica » : *****
L'interprétation de l' « Héroïque » présentée ici, qui date de 1958, est caractérisée par un certain perfectionnisme inhérent au chef. On ne s'en plaindra pas : il réussit parfaitement ce qu'il recherche. L'orchestre est extrêmement pur, les sonorités excellentes, bref, la musique en elle-même est de grande qualité. En ce qui concerne le jeu de Fricsay, on ne tarira pas d'éloges sur le premier mouvement, admirable de finesse et d'équilibre ; cependant quelques très légères critiques sont à formuler sur les mouvements centraux : la Marche Funèbre, qui recherche le « tempo idéal », manque peut-être un peu d'ampleur et le Scherzo est un brin trop lent. Cependant, il ne s'agit là que de points de détail totalement subjectifs qui n'altèrent en rien l'excellence de cette « Eroica ». Le finale est d'ailleurs l'un des meilleurs que je n'ai jamais entendus.
A noter que Fricsay, qui devait mourir à 49 ans d'un cancer généralisé dont il commença à souffrir dès 1960, réalisa en 1961 une deuxième « Eroica », nettement plus lente et plus pathétique que celle-ci, mais aussi plus rare dans le commerce.
Symphonie n°5 op.67 en ut mineur : *****
La Cinquième est certainement la version la plus subjective du coffret, la plus remarquable aussi. Fricsay y développe un jeu lent, majestueux, prothéméen. L'orchestre est exceptionnel. Le tempo, extrêmement modéré, avec notamment un premier mouvement de plus de 9 minutes et un second de 13, permet d'apprécier à sa juste valeur toute la quintessence de ces notes de génie. C'est proprement admirable de la part d'un chef à une époque où le jeu romantique domine. A écouter absolument pour tout beethovénien qui se respecte. On notera d'ailleurs le scherzo du troisième mouvement, assez remarquable pour être signalé, avec un roulement de tambour évolutif dans sa coda qui annonce avec splendeur l'arrivée du finale. Fricsay m'a fait aimer cette symphonie.
Symphonie n°7 op.92 en la majeur : ****
L'approche de la Septième par Fricsay n'est sûrement pas celle qu'a éprouvée Beethoven quand il a rédigé la partition. Loin d'être « l'apothéose de la danse » traditionnelle, cette interprétation-là est pathétique, grandiose, ample et majestueuse. Fricsay, déjà malade en 1961, la joue dans la veine des Troisième et Cinquièmes, symphonies épiques et quelque peu militaires ; la dimension dansante et gaie de la Septième en est effacée. Cette approche est sujette à controverse ; cependant, Fricsay a pour lui un orchestre toujours magique et un talent peu égalé. Le tempo est ici franchement lent, comme dans la Cinquième, avec un premier mouvement de 14 minutes sans reprise ; mais on n'en apprécie que mieux les multiples facettes de cette oeuvre géniale. L'Allegretto, lent et tragique comme aurait dû l'être la Marche Funèbre de l' « Eroica » (d'ailleurs, celle de 1961 est dans le même esprit), est une franche réussite. Les mouvements extrêmes sont agréables, le finale joyeux, mais le Scherzo est critiquable : trop lent, traînant, il est éloquent mais bien mélancolique et pas du tout dansant. Approche originale mais qui me plaît bien. Pour la suite, à vous de voir.
Symphonie n°8 op.93 en fa majeur ! *****
Le perfectionnisme de Fricsay fait merveille dans cette oeuvre heureuse et légère, mais bien plus subtile qu'il n'y paraît. Le ton y est plaisant, le son magnifique, le tout est une franche réussite. Les mouvements extrêmes sont interprétés avec la grandeur que l'on connaît à Fricsay dans ce coffret, mais sans pathétisme : il faut dire que l'enregistrement est bien antérieur, datant de 1953, ce qui convient à cette symphonie foncièrement optimiste. La fraîcheur et la rapidité des mouvements centraux est parfaitement adaptée au rythme taquin de cet hommage volontairement suranné à un autre siècle. On se laisse entraîner et on aime Fricsay.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
une (re)découverte à faire, 21 mars 2005
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coffret 2 CD : Symphonies nos 3 Héroïque, 5, 7 & 8 (CD)
Avec Fidelio (ASIN : B000024ZB2) et la 9° symphonie (couplée à l'ouverture Egmont, ASIN : B000056TKC), voici l'essentiel du legs beethovénien de Fricsay Ferenc, qu'une mort prématurée a, tout comme dix ans plus tard son aussi génial compatriote Kertész István, empêché de rivaliser dans la durée avec un Karajan. On a souvent dit que Fricsay renouait avec un esprit classique ou pré-romantique, mais il ne faudrait pas imaginer que cela implique ici des tempi élevés. Ils le sont bien moins que chez Toscanini (ou même parfois Karajan !), mais ce qui rend ces interprétations inoubliables malgré le caractère rebattu du répertoire, c'est la clarté de la polyphonie, la franchise des accents, la vigueur de la motricité. Si ce n'était pas un tel lieu commun, il faudrait bien dire que c'est Beethoven comme joué et entendu pour la première fois, tant l'impression de fraîcheur éclate, sans l'extrêmisme qu'y mettront certaines tentatives d'obédience philologique. Le Beethoven du juste milieu, en quelque sorte, mais sans tiédeur.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non
4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Brillant corpus, 31 août 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coffret 2 CD : Symphonies nos 3 Héroïque, 5, 7 & 8 (CD)
Nous n'aurons jamais le cycle complet de Beethoven par Fricsay. Cet album rend le regret plus amer. Ce Beethoven est un compagnon, un frère. L'approche est profondément classique en ce sens qu'elle rejoint Haydn et Mozart. Les brumes du romantisme y sont encore claires. La 7ème n'est pas, dans l'absolu, ma préférée, mais les 3 autres sont au sommet. Un must.
Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui
Non