L'affaire est entendue, Carmignola et cet ensemble vénitien coiffent tout le monde au poteau, sans la moindre contestation possible. Lui et Andrea Marcon (il ne faudrait quand même pas oublier le chef) imposent une ultime version de référence, à la fois purement baroque, étonnamment moderne, mais pas si loin non plus, curieusement, de la tradition romantique: on a enfin un orchestre digne de ce nom, une splendeur d'orchestre sans aucune de ces maigreurs ascétiques volontiers décriées (et parfois à juste titre) par les détracteurs du "baroquisme". Les amoureux de Vivaldi seront plus que comblés, émerveillés par un tel faste musical. J'émettrai cependant une légère réserve, mais qui tient plus à Vivaldi en général et à sa vogue actuelle. On sait que le "prêtre roux" était virtuose. Certes. Mais cela justifie-t-il ce concours de virtuosité - ou de rapidité - auquel on assiste depuis vingt ans? J'ai tendance à croire que les maisons de disques, le "marché" n'y sont pas étrangers. Carmignola joue divinement. Mais j'ai peine à entrevoir le rapport entre Vivaldi et Paganini. C'est un peu la course à l'abîme, dont la musique sort rarement gagnante. Un rien de sérénité, même dans les mouvements les plus endiablés, ne ferait pas de mal. Cela étant, pour l'essentiel, Carmignola évite intelligemment les travers de ses flamboyants prédécesseurs à force d'élégance et de vraie poésie. Quant aux mouvements lents, il les réinvente tout simplement, avec une souplesse, une légèreté, une musicalité proprement confondantes - émouvantes.