Louise Brookes n’était pas encore une grande star de Hollywood lorsqu’elle partit pour l’Europe tourner Loulou. On la connaissait au travers de quelques films, dont un avec Howard Hawks (A Girl in every port), mais surtout comme une femme qui défrayait la chronique, et l’avènement du parlant firent douter les dirigeants des studios en sa capacité passer l’épreuve de la voix. Son contrat fini, elle claqua la porte avec ce désormais célèbre ‘J’ai la plus belle voix d’Hollywood’.
C’est donc G.W. Pabst qui lui donna son plus beau rôle pour Die Büchse der Pandora (la boîte de Pandore, ou ‘Loulou’ dans la version française), d’après la pièce de Wedekind – au même moment où le compositeur viennois Alban Berg s’était mis à la composition du célèbre opéra sur le même sujet !
Le rôle de Lulu permis à Louise Brooks de montrer toute l’étendu de ses talents d’actrice, mais surtout d’entrer dans la légende. Il suffit de voir ce film, près de 80 ans plus tard, pour s’apercevoir à quel point son jeu est moderne et défie le temps.
Elle ne parlait pas allemand, et Pabst ne lui donnait que peu d’indications, mais une solide formation de danseuse lui permet d’exprimer très subtilement par son corps et son visage toutes les nuances et la sensualité de son personnage, bien au-delà des mots. En ce sens, elle transcende complètement ses partenaires pourtant excellents.
Voir ou revoir Loulou est une expérience unique. La cinématographie de Pabst est magnifique, les compositions et la photographie superbes.
Un pur chef d’œuvre !
N’ayant pas encore vu Journal d’une Fille perdue du même Pabst, je ne peux donner mon avis dessus, bien que mon intuition me fasse dire qu’il s’agit là d’un autre chef d’œuvre, certes d’une autre envergure que Loulou.
Quant à ‘Prix de Beauté’, c’est un film parlant tourné en France, où Louise Brooks est malheureusement doublée – donc une étrange impression que quelque chose est faussé. Histoire de l’ascension d’une jeune femme qui, de secrétaire, devient vedette de cinéma, mais reste victime du showbiz qui l’exploite et qui laisse sur le chemin un amant terriblement jaloux. On oublie un peu la mise en scène sans intérêt d’Augusto Gemina pour ne retenir que cette histoire d’amour entre Louise Brooks et la caméra. Encore une fois, elle transcende le temps et l’époque. La scène finale est à ce titre un moment mémorable et prend une tout autre dimension à l’heure de maintenant.
Vu que les films de Louise Brooks sont rares, il n’est pas autorisé de passer ce laisser passer ce coffret ! A avoir d’urgence !