59 internautes sur 64 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
inclassable, indémodable, incontournable, 5 février 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Coffret Intégrale Le Prisonnier (DVD)
De George Orwell à Alan Moore, nombreux sont les artistes d'outre-Manche qui se sont "amusés" à offrir de notre monde en général ou du Royaume-Uni en particulier une vision dystopique. D'où leur vient ce goût singulier? Mystère! Mais le fait est que ces visions prophétiques d'un futur très sombre, généralement voué au chaos ou à la dictature, sont le plus souvent passionnantes.
L'intérêt unique de la série "Le prisonnier" vient, je crois, du fait qu'elle mêle habilement ce penchant britannique pour la dystopie au genre de l'espionnage très en vogue dans les années 60, grâce notamment à James Bond, mais aussi à Patrick McGoohan lui-même qui s'était déjà illustré en agent secret dans la série "Danger Man".
Il est d'ailleurs intéressant de savoir que McGoohan aurait, paraît-il, été pressenti pour être 007 en lieu et place de Sean Connery mais aurait refusé le rôle pour des raisons "éthiques". Le fait est que Numéro Six est, idéologiquement, l'antithèse de Bond. Ecoeuré par le "sale boulot" qu'on lui impose, il veut plaquer les services secrets, mais s'aperçoit trop tard que c'est impossible.
Après avoir été drogué par ses anciens employeurs, il se retrouve donc dans un curieux Village qui semble tout droit sorti de l'imagination conjointe de Salvador Dali et Franz Kafka. Dès lors commence une formidable partie d'échecs psychologique entre Numéro Six et Numéro Un qui règne sur le Village.
Affrontement éminemment allégorique dans lequel chaque spectateur, bien sûr, lira ce qu'il souhaite y lire. Personnellement j'y vois d'abord et surtout une parabole sur la grandeur de l'être humain quand il se rebelle contre une autorité excessive et aliénante. Thème éternel, on en conviendra.
Mais au-delà de ses enjeux politiques et philosophiques, "Le prisonnier" est aussi l'occasion d'une formidable performance d'acteur pour Patrick McGoohan. Ce dernier, qui faillit être prêtre, semble s'en souvenir ici et donne à son personnage un côté clergyman assez insolite qui cadre parfaitement avec le climat "décalé" de la série. Quant à son jeu, il navigue entre l'intensité tragique de Laurence Olivier et l'ironie mordante de Michael Caine.
Quarante ans après sa création, cette série reste donc un must. Ni moderne, ni post-moderne, elle appartient simplement à ce club très fermé des oeuvres universelles qui parlent indifféremment à toutes les générations, à toutes les époques, à toutes les cultures.
A ce niveau-là, je suppose qu'on peut parler de génie.
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21 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Comment ne pas perdre son identité et sa liberté ?, 16 juin 2010
Pour l'essentiel, j'adresse cette critique à ceux qui ne sont pas encore pleinement familiarisés avec la série « Le Prisonnier ».
Cette série tv n'est réellement marquée par son époque que par les coiffures des personnages et quelques autres détails, tels que les Austin « Mini-Moke » et détails d'ameublement et accessoires. Le reste est intemporel, d'un intérêt qui est parfaitement d'actualité, et qui le restera encore longtemps : je veux parler du récit et du fond, dont plusieurs lectures sont possibles.
En première lecture, « Le Prisonnier » est une série fantastique intégralement basée sur le mystère, et c'est très réussi, sans aucune fausse note depuis le premier épisode jusqu'au dernier.
La deuxième est infiniment plus intellectuelle et aucunement fantaisiste, et elle justifierait à mon sens l'écriture d'un livre sérieux traitant de sujets tels que la psychologie et plus particulièrement le behaviourisme, la dimension anthropologique du secret tel que perçu dans le monde de l'espionnage, le pouvoir et le despotisme éclairé dans la société contemporaine, ou même, plus prosaïquement, le harcèlement et les manipulations mentales.
Ce qu'il est possible de dire sans gâcher le plaisir de la découverte, c'est que chaque épisode du Prisonnier raconte une tentative de manipulation psychologique que le héros s'efforce de déjouer, sans ne pouvoir échapper au contexte physique qui est « Le Village », dans lequel celles-ci sont tentées. Au long des 18 épisodes du Prisonnier, une guerre des nerfs s'installe entre le héros prisonnier d'un village, et les maîtres de l'endroit. Si vous avez apprécié l'autre série télévisée « Lost », sachez que celle-ci n'est qu'un absurde cafouillage sans fondement ni réflexion plus ou moins basé sur la série « Le Prisonnier ».
Chaque épisode du Prisonnier a un sens précis, et l'ensemble des 18 épisodes a également un sens précis. J'invite ceux qui se sont étonnés du dernier épisode, ou qui n'ont pas su le comprendre car il est vrai qu'il est plus complexe encore que les tous les autres parce qu'il dissimule son sens profond sous un décorum un peu yéyé façon années 70, à bien le regarder à nouveau et à en analyser tout les détails ; ceux-ci sont tout à fait sérieux, et ne réclament en fait qu'une solide culture générale, car tout y est métaphore ou allégorie sur le thème du pouvoir.
Mais gardez à l'esprit que le réalisateur et acteur Patrick McGoohan n'est nullement un homme de fantaisie, ni un opportuniste capable de faire du « remplissage ». Je le répète, tout à un sens précis dans « Le Prisonnier ». A vous de le trouver...
Je me risquerai à dire que tous les psychologues, psychanalystes et psychiatres ne peuvent qu'apprécier « Le Prisonnier », en temps que vadémécum de « tout ce qu'il faut savoir pour ne jamais se faire avoir, ni manipuler, ni influencer, ni corrompre ».
La série « Le Prisonnier », prise dans son ensemble, est le voyage initiatique d'un homme mature exposé à toutes les tentations, lesquelles sont toutes basées sur la crédulité ordinaire et la tromperie. Le moindre faux pas de cet « Ulysse des temps modernes » le mènerait à l'état de serf terrorisé, obéissant et ayant renoncé à son identité (en nom et personnalité) pour un simple numéro, auquel sont réduits tous les autres habitants du Village. On a donné le « numéro 6 » au héro, et le chef du village est le « numéro 2 ». Personne, y compris le « numéro 2 » lui-même, ne semble savoir qui porte le « numéro 1 », vrai chef supposé de ce mystérieux endroit dont presque tous les habitants ignorent même le pays dans lequel il se situe. « Le Prisonnier », en temps qu'oeuvre télévisuelle, peut au passage être considéré comme une critique des excès de la société collectiviste et du pouvoir contemporain, tout comme le sont les magistraux romans « Atlas Shrugged - La Révolte d'Atlas » et « Grandoria » (« Grandoria » est d'ailleurs une version contemporaine et littéraire du « Prisonnier » à bien des égards).
L'excellence de la série « Le Prisonnier » tient pour une large part au talent du metteur en scène, et tout à la fois acteur principal, Patrick McGoohan. Patrick McGoohan était un connaisseur averti du monde des services secret et du pouvoir, et c'est pour cette raison qu'il a pu faire du « Prisonnier » une série qui continue à se fort bien vendre, et à encore fasciner près de 40 ans après avoir été réalisée. En raison de cela, on imagine mal qui pourrait aujourd'hui s'aventurer à tenter d'en faire une réadaptation cinématographique (irréalisable parce que trop riche) ou une nouvelle série télévisée...
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