3 oeuvres assez hétéroclites de Kenji Mizoguchi figurent au programme de ce coffret.
Dans l'ordre chronologique, L'Elegie de Naniwa (1936) est un premier mélodrame contemporain sur l'ingratitude des hommes et les servitudes des femmes. Ayako, paisible standardiste, va nouer une liaison intéressée avec son pitoyable patron pour renflouer les finances de son père et payer les études de son frère, perdant par là et son fiancé potentiel et la considération de sa famille non reconnaissante. Il s'agit d'une oeuvre "de jeunesse", un peu bancale, qui souffre d'un scénario un peu trop explicatif et dépourvu de la parfaite concision des Mizoguchi ultérieurs. Au plan formel, pas de doute en revanche, le spectacle est au rendez vous. Quelques plans séquences miraculeux, des jeux assez étonnants sur les 1ers et arrière plans (qu'on ne reverra plus dans les films suivants), un plan final admirable avec un gros plan (incroyable !) de la solitaire Ayako fuyant sa famille au terme d'un splendide travelling arrière qui clôt en beauté ce film intéressant.
Les contes des chrysanthèmes tardifs (1939)sont en revanche une grande réussite tout-à-fait typique de Mizoguchi : le monde de l'art (ici, le théâtre kabuki), la figure de l'artiste (ici, le rejeton d'une famille d'acteurs, soumis à une forte tension entre ce qu'il perçoit comme son manque de talent et son envie, parfois ambigue, dedevenir un artiste) et l'inévitable femme sacrifiée, à la fois amante, soeur et mère de l'artiste. Le dispositif formel est ici plus rigoureux(travellings somptueux, plans séquence, interdiction absolue des gros plans et même des plans moyens sur les acteurs). Comme toujours, et c'est parfaitement évident lorsqu'on revoit une deuxième fois un Mizoguchi, il est difficile de retrancher quoi que ce soit. Sur un thème proche, on peut quand même préférer le plus puissant L'amour de l'actrice Sumako (1947).
Enfin, les 47 ronins (1941) est très à part dans l'oeuvre du maître. Ce film, réalisé en pleine seconde guerre mondiale, est mêmme assez déconcertant. On aurait pu imaginer que ces 3h30 soient consacrées à une fresque énorme retraçant, avec force figurants et multiples scènes guerrières, cet épisode bien connu des débuts du Shogunat. Il n'en est rien : c'est un film de chambre, dépourvu de plans d'ensemble, cultivant l'art de la dialectique au fil de longs dialogues. Le sujet unique est donc : comment respecter l'éthique du Bushido et venger le maître disparu, tout en restant respectueux du Shogun qui a ordonné le seppuku de ce dernier. Au plan formel, l'ensemble est très réussi : à l'austérité du thème correspond une mise en scène totalement épurée mais où se fait sans peine sentir la patte de Mizoguchi (admirables panoramiques, plans en plongée ...). Y prend on réellement du plaisir ? Pas sûr. Le film me semble davantage destiné aux amateurs de philosophie zen qu'aux cinéphiles.
Au total, un coffret pas totalement indispensable sauf pour les mizoguchiens fanatiques (dont je suis).