Drôle d'idée que d'avoir joint à l'édition DVD de L'idiot (1951), chef d'oeuvre incontestable, Scandale (1950) qui apparaît bien plat et sans saveur au regard de la production moyenne de Kurosawa.
Le pitch est assez simple : un peintre amateur de moto (Toshiro Mifune) est, à la suite d'un quiproquo, soupçonné d'avoir une liaison avec une chanteuse à la mode. Il décide d'attaquer le journal qui a publié les photos compromettantes en recourant aux services d'un avocat raté, compromis de surcroît avec la partie adverse, mais qui trouve grâce à ses yeux en raison de la sollicitude qu'il manifeste envers sa fille tuberculeuse. Ce n'est pas que le film soit mauvais, mais il se traîne, sans que les rebondissements scénaristiques ou les dilemmes moraux auxquels Kurosawa nous a accoutumés ne viennent pimenter l'intrigue. De surcroît, à mi-parcours, celle-ci bascule entièrement du côté de l'avocat et la scène finale de procès, qui aurait pu donner lieu à un grand moment, est plate comme l'encéphalogramme d'un macchabée. A sauver, une bonne prestation de Mifune, une scène d'ivresse collective très réussie et la très, très jolie jeune première qui joure la chanteuse.
Après Scandale, Kurosawa tourna Rashomon, dont le succès international lui permit d'entreprendre l'ambitieuse adaptation de l'Idiot de Dostoïevski. Rien d'étonnant à ce que le cinéaste se soit particulièrement intéressé à L'Idiot, roman qu'on croirait avoir été écrit pour lui. On demeure stupéfait devant la réussite totale de cette adaptation qui déjoue tous les pièges où sont tombés à bras raccourcis les Brooks, Zulawski et autres Wajda qui se sont essayés à illustrer Dostoïevski. Si Mifune joue un Rogojine débauché et violent, mais finalement attendu, le couple formé de Masayuki Mori (Mychkine) et de Hara Setsuko (Nastasia Filipovna) reproduit admirablement la relation complexe d'amour et de pitié qui lie ces deux êtres qui n'arrivent pas à se sauver l'un l'autre. Dans ce film baigné par les neiges et le vent de l'île d'Hokkaïdo, des images inoubliables surgissent, notamment dans le regard fiévreux et angélique de Mychkine lorsque Rogojine tente de le tuer ou lorsqu'il apprend que celui-ci a finalement assassiné Nastasia.