c'était le temps, entre la fin des années 60 et le début des années 80, où la télévision devait prendre le relais du cinéma d'auteur engagé et devenir le medium d'une "éducation de masse" de qualité, au service d'une noble ambition démocratique: qu'on regarde sur les archives INA le projet de Malraux (malade qui bafouille) pendant la campagne de Chaban-Delmas! Rosselini propose une sorte d'encyclopédie historique, un cycle de leçons sur les grandes révolutions spirituelles de notre tradition européenne: après Socrate, il offre un saint Augustin, puis une vie de Cosme de Medicis dans la Florence de la Renaissance, enfin un 17ème siècle français héritier de Galilée avec Descartes et Pascal. Ces films ne prétendent pas donner un cours complet et précis sur ces personnages qui sont avant tout des penseurs et des scientifiques; en revanche, Rosselini sait magnifiquement évoquer leurs vies en quelques scènes emblématiques de leurs parcours, mettre en scène de façon simple mais pertinente leurs existences respectives dans les différents contextes historiques et culturels, résumer leurs idées directrices de façon suggestive. Il n'a jamais été, évidemment, dans l'intention de Rosselini de remplacer l'enseignement scolaire et universitaire, ni, encore moins! de décourager les spectateurs de lire ces auteurs et de méditer par eux-mêmes sur les grands textes "classiques": au contraire! Et de fait, comme l'explique la préface du Pascal, ce film éveilla la curiosité du public italien de l'époque qui se passionna un moment pour le Grand Siècle français et particulièrement pour la vie et les "Pensées" de Pascal. Dans ce cas, Rosselini avait atteint son objectif. Mais ses autres films méritent aussi l'attention. Même si le "Pascal" est peut-être le plus émouvant, "Descartes" n'est pas dénué du mystère et de l'émotion qui planent dans le précédent. Le double film sur Florence est une belle leçon en images sur la naissance du capitalisme italien et le rôle majeur de la banque, sur la politique dans les cités-Etats de l'époque de Machiavel, enfin sur le Quattrocento des arts et des lettres avec les figures de Ghiberti, Donatello et Leo Battista Alberti ... Une série à voir absolument!