L'un des grands mérites de cet ouvrage, préfacé par Aaron Beck, est, d'une part, de faire une distinction claire entre le diagnostic de schizophrénie et l'étiquette débilitante de folie. D'autre part, la simplicité des auteurs et la discussion des évidences, aboutit à une excellente démystification et une destigmatisation de la schizophrénie. Notamment ils passent en revue les différentes explications qui ont été proposées, par les patients eux-mêmes comme par les soignants.Kingdon et Turkington développent en 13 châpitres , précis et imbibés de leur expérience clinique quotidienne, les différents éléments du contexte théorique. Ils montrent en quoi, et comment, un traitement psychologique de la schizophrénie s'avère des plus important pour compléter les autres traitements, comme chimiothérapie, réhabilitation, et thérapies familiales.
Notamment, ils présentent un ensemble de techniques aisées à apprendre pour soulager les patients de l'impact de leurs croyances irrationnelles et maîtriser les processus qui y mènent.
La seconde partie est consacrée au processus thérapeutique à travers de cas vivants et de situations illustratives. Celle-ci est construite un peu comme "l'homme qui prenait sa femme pour un chapeau" d'O. Sacks (1988).
Par exemple, le cas " l'homme qui était contrôlé par un satellite" est l'occasion de transcrire des entretiens qui montrent comment, en évitant toute confrontation directe, en restant très empathique, il est possible d'amener le sujet à critiquer et à se distancier de, ses propres croyances dysfonctionnelles péjoratives pour lui.
Enfin la troisième partie est consacrée à l'évaluation et l'évolution en cours de traitement. La discussion porte sur les difficultés d'évaluation des patients mais aussi de leur méthode dite de raisonnement normalisant. La grandre honnêteté des auteurs sur ce versant est à souligner. Ils font un état des points forts et des limites actuelles en ce domaine. Mais c'est la route vers un progrés.
Pour avoir eu le plaisir de rencontrer le première auteur, j'atteste de l'authentique engagement de celui-ci pour une approche clinique fine des patients avec une schizophrénie. Mais il ne s'agit pas seulement d'une disposition mentale des auteurs. Leur travail repose sur des arguments solides, une analyse scientifique rigoureuse, telle qu'à la suite des travaux de Slade et Bentall (1988).Ces deux aspects transparaîssent clairement tout au long de ce remarquable ouvrage.
Pour ceux qui souhaiteraient commencer par une approche plus romanesque des dysfonctionnements cognitifs, en particulier des systèmes de croyances, et mieux comprendre le déficite de l'expressivité, qui conduisent à l'appauvrissement des schizophrènes dans le chaos de leurs émotions, je recommanderais " Le journal d'un fou " d'Irokawa Takehiro. Ce peut être une bonne façon de se confronter à certains des processus exposés dans Kingdon et Turkington.