Extrait
Les contemporains de Louis XIV appelaient Côte de l'Or cette partie des côtes de l'Afrique occidentale qui s'étend de la lagune Aby à la rivière Volta, de l'est de la Côte d'Ivoire au Ghana contemporain. L'étude de cette région au XVIIe siècle me permit de me familiariser avec une source française connue sous le nom générique de 'relation anonyme de 1674'. Si ce document, intitulé Relation du voyage fait sur les costes d'Afrique aux mois de novembre et décembre de l'année 1670, janvier et février 1671, commençant au Cap Verd, est bien mentionnée dans l'appareil critique de certaines éditions récentes de récits de voyage, le matériel historique qui affleure à chaque ligne n'a jamais pour autant été utilisé de manière systématique. Ceci s'explique par une combinaison de facteurs peu favorables : d'une part on sait fort peu de chose de la genèse et de l'authenticité de ce document, d'autre part la relative rareté du volume dans lequel il est inséré n'en facilite pas la consultation. Dans les pages qui suivent, il nous faudra donc reconstituer le contexte de l'écriture et de la publication de ce document, élucider l'identité de son auteur et proposer une édition critique qui mette en perspective l'intérêt de cette source pour l'histoire du golfe de Guinée dans le dernier tiers du XVIIe siècle.
-I-
L'intérêt de ce document réside en ce qu'il n'est pas isolé : une recherche minutieuse permet de le resituer dans une remarquable série de documents. Un simple examen de la relation de voyage de 1674 révèle le nom d'un personnage, «le chevalier d'Hailly)», qui est, avec le Vice-Amiral d'Estrées, la seule personne nommément mentionnée. Ce chevalier y figure au titre de capitaine du vaisseau qui fit le voyage de Guinée en 1670 et 1671. Il n'est pas difficile d'y reconnaître Louis de Hally, remarquable capitaine de la marine royale, qu'une mort précoce a privé d'une place de choix dans l'histoire de la marine française du grand siècle. De l'homme, on ne connaît qu'un seul texte intitulé Mémoires du voyage de Guinée fait par le Chevallier d'Hally, commandant le vaisseau du roy Le Tourbillon. Il s'agit d'une courte relation manuscrite reliée dans un volume de la Collection des Mélanges de Colbert conservée au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Un examen de ce document et de la correspondance qui lui est associée, révèle que ces pièces forment un rapport secret de ce même voyage de Guinée rapporté dans la relation anonyme de 1674.
De ce constat naquit l'idée de présenter une édition comparée de ces deux textes, une entreprise qui s'avéra bien plus longue et complexe que je l'avais envisagée au premier abord. Le lecteur amateur de relations de voyage trouvera dans les pages qui suivent un texte qui diffère quelque peu des relations qu'on lui propose d'ordinaire. Le texte original n'a pas été modernisé et le système d'annotations se veut conforme à un modèle d'édition critique qui privilégie le détail, s'attarde sur le contexte de l'oeuvre et en compare le contenu avec d'autres relations de voyage du temps. La méthode comparative adoptée pourra également surprendre par sa nouveauté. Il s'agit de comparer, presque paragraphe par paragraphe, les deux textes, mettant ainsi en lumière leurs similitudes et leurs différences.
Mais entrons sans plus tarder dans l'enquête historique, au coeur de la chaîne complexe des raisonnements, des trouvailles et des hasards qui ont ponctué le long processus d'accumulation des connaissances. Ce commentaire historique permettra au lecteur de resituer ces deux textes dans le double contexte des activités françaises sur les côtes de Guinée et des réalités géopolitiques de cette région du monde en ce XVIIe siècle finissant.
Présentation de l'éditeur
En 1671, anticipant l'offensive contre les Provinces-Unies, Colbert organise une mission de renseignement sur les forteresses hollandaises en Afrique de l'Ouest, où s'effectue le commerce de l'or. Fruit d'une enquête historique rigoureuse et érudite, Colbert et la Guinée propose une édition comparée des deux relations de ce voyage, fenêtres ouvertes entre Europe et Afrique, et témoignages méconnus sur l'Afrique atlantique, entre Sénégambie et Côte de l'Or, au XVIIe siècle.