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L'idéologie d'un temps, d'une époque, reconstituée avec une grande rigueur et dans toute sa complexité, 24 avril 2007
Oui, le titre peut choquer. Quoique... Peu de personnes aujourd'hui peuvent encore concevoir l'idéologie de la colonisation, et dans quel esprit les conquêtes coloniales ont été menées. Non, ce n'est pas un pamphlet, car l'auteur reconstitue cette idéologie sur la base d'une multitude impressionnante d'écrits de l'époque, et non des moindres, le plus souvent des personnes des plus influentes du moment. La rigueur scientifique et le non parti pris sont donc de mise. Seuls les nostalgiques de l'Empire, ou idéologues de l'extrême, ou Nicolas Sarkozy par exemple pourront jeter l'anathème sur un travail aussi brillant, et fort utile, je dirais indispensable pour éviter tous les révisionnismes, contre l'oubli, et pour mieux comprendre le monde d'aujourd'hui sur la base de ce qui a été anéanti hier. Non, ce n'est pas Hitler qui a inventé le concept d'"espace vital", ni celui de "races inférieures" et de "vie sans valeur" qui justifiaient et légitimaient les exterminations. Tout cela était d'une banalité bien assumée et officielle pour les "scientifiques" et intellectuels notamment en France, plus d'un siècle plus tôt.
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1.0 étoiles sur 5
Du choc des civilisations, quand la médiocrité fait l'histoire, 20 septembre 2011
Refermant cet ouvrage, le lecteur retirera l'impression que, de 1830 à 1962, l'élite française dans son ensemble a plus ou moins ardemment souhaité l'extermination des Algériens et que les rapports entre colons et colonisés étaient faits d'une « violence permanente et banale », cristallisée dans les institutions de l'état colonial. De nombreux travaux ont pourtant montré que nulle part la domination coloniale ne s'est réduite au seul usage de la violence et que l'opinion française à l'égard de la colonisation était bien plus ambivalente que le tableau dressé ici, l'occasion pour moi de rendre hommage à Jacques Berque ou Albert Camus, parmi bien d'autres.
Au-delà de ces évidences, la démonstration comporte bien d'autres limites. Ainsi pourquoi écarter systématiquement les voix qui se sont élevées contre la violence coloniale, pourtant citées ça et là en notes de bas de page. Cette lecture uniformisatrice d' « un » discours colonial oublie la « multiplicité ouverte » et « l'aléa » qui font l'ordre du discours chez Michel Foucault, dont l'auteur se revendique bruyamment.
De plus, rien ne garantit que les nombreux textes cités, dont les auteurs sont la plupart parisiens, soient au centre de l'histoire de France en Algérie : nous ne savons rien de leurs effets sur les acteurs en situation coloniale. Du reste, le registre des pratiques n'est que très rarement évoqué : ne sont mentionnés que les actes les plus épouvantables, et tous particulièrement ceux que l'auteur regroupe sous la catégorie de « massacres coloniaux ». Or l'analyse des pratiques en situation coloniale est très différente de celle que ce collage de textes à l'usage du public métropolitain donne à voir : on observe des stratégies de contournement et de résistance, mais aussi des conflits internes à la puissance coloniale. Il faut bien voir qu'un texte dépend lui-même d'une situation. Pour ne citer qu'un exemple, les condamnations répétées en s'exacerbant, de toute aide à un protestant au moment de la révocation de l'Edit de Nantes, n'avaient d'autre signification que l'incapacité de l'Etat à empêcher cet exil. Malgré l'importante propagande monarchique et cléricale, nombreux furent les catholiques qui aidaient les protestants à échapper à la répression. Tout cela afin de dire qu'un texte transporté simplement devant nos yeux ne nous révèle que peu de choses sur le sens exact à donner à ses outrances. La simple posture moralisatrice, en ce qu'elle s'érige fièrement au-dessus d'un passé en lequel elle ne voit qu'abjection, ne rend pas justice du projet et de la situation où il s'insère, ni des pratiques réelles.
En outre, est-il besoin de rappeler que parallèlement à cette situation coloniale, la structure de la société algérienne est bouleversée par l'émergence de la puissance étatique et les processus divers de modernisation économique (cf Daniel Rivet, le Maghreb à l'épreuve de la colonisation). De tels bouleversements, s'ils sont naturellement liés à l'œuvre de « civilisation » et si leur forme particulière en porte les marques, sont à l'œuvre dans toute société en mutation économique et politique, et se prête bien mal à des lectures manichéennes.
Fondamentalement donc, la lecture d'Olivier Le Cour Grandmaison s'ancre dans un refus de l'histoire. Négliger les débats internes aux milieux coloniaux ou encore les tensions entre les textes et les pratiques conduit à gommer les dynamiques historiques au profit d'une interprétation qui uniformise la longue et complexe trajectoire des rapports entre la France et l'Algérie.
Devant cette œuvre grossièrement manichéenne, il est nécessaire de s'interroger sur la fonction qu'elle remplit auprès de ses adeptes, principalement les indigènes de la république et quelques groupes libertaires pour lesquels Le Cour Grandmaison faire figure de gourou postcolonial. Il me semble que Nietzche et Fanon peuvent nous aider à comprendre cette culture du ressentiment entretenu régulièrement, nécessairement : « Ce sont autant d'hommes du ressentiment, ces êtres physiologiquement détraqués et vermoulus, tout un royaume branlant de vengeance souterraine, inépuisable, insatiable dans leurs sorties contre les heureux et dans leurs prétextes pour se venger : quand pourraient-ils donc atteindre leur triomphe ultime, le plus subtil, le plus sublime ? Ils l'atteindraient indubitablement s'ils réussissaient à insinuer leur propre misère, toute misère dans la conscience des heureux : en sorte que ces derniers finiraient un jour par avoir honte de leur bonheur, et se diraient-ils entre eux : « C'est une honte d'être heureux, il y a trop de misère ».
« Le regard que le colonisé jette sur la ville du colon est un regard de luxure, un regard d'envie. Rêves de possession. Tous les modes de possession : s'asseoir à la table du colon, coucher sur le lit du colon, avec sa femme si possible. Le colonisé est un envieux »
A mon sens, il n'y a donc rien à attendre de la nouvelle humanité « postcoloniale ». Que l'éternelle reproduction de la psychologie du colonisé ou de l'esclave, de la colère, de la haine et de la logique du bouc-émissaire. Le grand hôpital des aliénés.
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Ignominieux, 23 mars 2007
Si ce livre se veut être pamphlet de la colonisation, alors il manque même son but.
Si ce livre se veut être oeuvre d'histoire anti-coloniale, alors également, le rendez-vous est radicalement manqué.
Ce livre, inspiré par la haine, est un tissu de mensonges et d'approximations ignobles.
Nous voici plongés en plein tribunal révolutionnaire avec un avocat général, Olivier Le Cour Grandmaison, un juge, Olivier Le Cour Grandmaison, et un bourreau, Olivier Le Cour Grandmaison, décidés de condamner à mort les fondements de la République et la Nation.
Mensonge de ce pseudo-historien quand ce dernier empile des statistiques sans les mettre en perspective et écarte celles qui ne correspondent pas à sa thèse. Voici quelques exemples pris parmi tant d'autres :
1/ les enfumades, procédés utilisés par l'armée française en opération, sur des troupes ennemies, planquées dans des grottes, après que les sommations d'usage et les promesses de vie sauve se furent conclues par des tirs sur les soldats français sont présentées comme les marques d'une volonté de génocide prémices des chambres à gaz nazies (!),
2/ les épidémies qui ravagèrent le Moyen Orient colonisé et non colonisé sont totalement ignorées alors que les centaines de milliers de morts qu'elles causèrent sont mis à charge de la "volonté d'extermination" qui aurait prévalu chez les Français,
3/ etc.
Cet ouvrage, emblématique des "repentants" est une insulte à l'intelligence et un viol de la Vérité.
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