Avec l'arrivée d'Alpha dans le tableau du trip-hop en 1997, ont afflué les qualifications d'un « son typique de Bristol ». En réalité, ce qui regroupe les formations clairement distinctes de Portishead, Massive Attack et Alpha, c'est une humeur, une façon d'observer la vie entre deux averses (
« Rain »), en adoptant fièrement, comme une attitude, une mélancolie libératrice. Le slogan du label Melankolic Records créé par Massive Attack un plus tôt en 1996, chez qui Alpha publie ce premier album n'est-il pas « Glad to be sad » (littéralement « heureux d'être triste ») ? La preuve est faite.
Là où Massive Attack choisit des rythmes propices à la transe, où Portishead accorde une part prépondérante aux textes, qui donnent un aspect plus théâtral à leur musique, la spécialité d'Alpha est sans contexte la fluidité éthérée. Leur musique à eux fait appel à un orchestre de cordes, à des samples subtils, des extraits de films (
« Back »,
« Come From Heaven »). Inspirée d'un jazz atmosphérique (
« Delanay »), elle enveloppe l'auditeur d'un nuage de douceur. Ces distinctions faites, il est vrai que tous ces artistes, ont en commun une musique à fort potentiel cinématographique (ce n'est pas un hasard si Craig Armstrong a également fait partie du label).
Comment ne pas considérer cet album arrangé par le duo Corin Dingley et Andy Jenks, musiciens amoureux de musiques de films, comme le point de départ d'un voyage long et paisible, propice à la réflexion et à l'onirisme sans frontière ? La cohérence downtempo de l'ensemble est harmonieusement relevée par les voix soul de Martin Barnard, Wendy Stubbs et Helen White, qui donnent à Alpha une identité qui leur a parfois manqué sur des albums instrumentaux. Efficace et inaltérable, un album « venu des cieux », référence d'un groupe malheureusement sous-médiatisé.
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story