Ce mini-album de 1987, issu de la maquette
The Purple Tape enregistrée par le producteur Gary Smith (studios Fort Apache), n’a pas vieilli. Il tombera entre les mains de Ivo Watts-Russell, propriétaire du label indépendant britannique 4AD, qui leur signera alors un contrat. L’album n’a pas eu un énorme succès en Angleterre et a même fait presque un bide aux Etats-Unis. On y retrouve les premiers ingrédients de la recette des Pixies : un rock au son sale qui cohabite avec des mélodies simples mais obsédantes.
L’album s’ouvre tout d’abord sur «
Caribou », ballade délirante sur ce cousin du renne au Canada. Le rythme est long et très appuyé tandis que la guitare est grinçante et aérienne. Franck Black possède alors déjà sa voix spécifique qui virevolte entre les aiguës angéliques et ses intonations écorchées. Même impression sur «
Ed is dead ». «
Vamos » est par contre un pur concentré de punk rock avec un emballement de batterie presque épileptique et des paroles scandées comme des slogans. «
Isla de Encanta » est enchaîné à la moulinette avec quelques épices hispaniques décimées dans le bouillon. Le rythme s’interrompt pour laisser parler le chanteur, avant de repartir en trombe à la fin de sa phrase, comme tout bon rock mexicain. «
Holyday song » constitue une pure ballade surf music sous larsens. Le rythme est entraînant et le chanteur semble trépigner. «
Nimrod’s Son » révèle les vraies premiers hurlements de Franck Black et l’alliance guitare électrique combinée avec une guitare rythmique acoustique. «
I’ve been Tired » (présent dans le film
Incassable de Night Shyamalan) est un gentil punk où le rythme joue un ping-pong intéressant avec le débit accéléré du chant. Enfin, «
Levitate Me » joue essentiellement sur la voix de Franck Black et ses échos, ses sonorités ou ses envolés. Ici, la guitare est grasse et en retrait pour ce refrain imprononçable, et du coup jouissif.
Il n’y a décidément rien à jeter sur ces prémices. On ne sort généralement pas indemne d’un disque des Pixies en raison de la singularité du chant et de la musique. Il souffle un esprit de liberté sur cet lp, qui a d’ailleurs vu une réédition en compagnie de l’album
Surfer Rosa. Il y a un potentiel évident à constater ici, qui laisse supposer un bel avenir…
Samuel Degasne - Copyright 2012 Music Story