Après « Stormbringer » l'an passé, c'est au tour d'un autre album décrié de Deep Purple de passer à la moulinette de la remastérisation. Il était temps, car la première édition des années 80 commençait à faire tâche dans le catalogue du groupe. Considérant cette nouvelle version de « Come taste the band », seuls Glenn Hughes et les fans de Tommy Bolin poussaient à la roue, car il faut bien l'avouer : les membres fondateurs Ian Paice et Jon Lord n'en avaient cure... En effet, cet album rappelle le départ de Blackmore, son remplacement par le jeune prodige Tommy Bolin (le chanteur David Coverdale avait complètement flashé sur son jeu dans l'album « Spectrum » de Billy Cobham), un Glenn Hughes cocaïnomane, un Bolin héroïnomane, des concerts erratiques, les quolibets et insultes des die-hard fans pro Blackmore, un roadie qui se tue en tombant dans une cage d'ascenseur en Indonésie, le split et finalement l'overdose mortelle de Tommy Bolin. Fichtre, quelle histoire ! Et pourtant tout avait bien commencé en 1975 : des répétitions joyeuses où le groupe reprenait plaisir à jouer (cf le CD d'archives « Days may come, days may go »), des sessions d'enregistrement fructueuses où, en quelques jours, l'album fut composé de manière très spontanée. La réédition de ce joyau contient 2 CDs.
Le premier propose la version remastérisée de Martin Birch. Le son est nettement plus rond et dynamique que l'édition CD précédente. L'album est enfin agréable à écouter... On retrouve le turbulent boulet d'ouverture « coming home » qui aurait pu trouver sa place entre un « burn » et un « highway star ». Malheureusement, il n'a pas souvent été joué en concert. Ce n'est pas Glenn Hughes qui tient la basse dessus, mais Tommy Bolin, le bassiste trop drogué ayant loupé la session. Ce dernier aurait découvert ce titre à la sortie du vinyle !! Ensuite, c'est au tour du court et mélodique « lady luck », un titre composé en 1972 par le chanteur James Cook pour Energy, l'un des précédents groupes de Bolin. Comme ce dernier ne se souvenait plus des paroles, David Coverdale en a réécrit le texte et modifié la mélodie. C'est l'un des standards de l'album. Vient ensuite « gettin' tighter », le seul morceau composé par la paire Bolin/Hughes -et chanté par Hughes- quand les deux étaient lucides. Il s'agit d'un funk hard-rock syncopé et entraînant, ressemblant plus à du Trapeze (façon « You are the music, we're just the band »), voire à du Mother's Finest, qu'à du Deep Purple. « dealer » est la moins bonne chanson du disque, au riff un peu crade, dont le texte a été inspiré à Coverdale par la situation dans laquelle se trouvait son copain Glenn Hughes, à la merci de tous les dealers de la planète. Le copieux livret raconte par ailleurs une anecdote concernant Hughes, en manque, prenant le micro sur scène et lançant un appel au peuple pour une dose de coke (sic). C'est Bolin qui en chante l'accalmie centrale. « I need love » est une chanson typiquement Coverdale, lourde et bluesy, syncopée et mélodique, proche de ce qu'il produira avec Whitesnake par la suite. Suivent les deux titres les plus hard-rock et typiquement Deep Purple : « drifter » et « love child » (que j'adore), avant que Glenn Hughes chante son deuxième morceau : la ballade soul « this time around ». Alors que Jon Lord improvise au piano dans le studio, Hughes excité comme un puce le supplie : « c'est vachement bon ça, donne moi 30mn et je t'écris une mélodie et un texte sur ta musique ». ce morceau (qui n'a absolument rien de Deep Purple) ressemble à du Stevie Wonder, mais c'est très beau. D'autant que Bolin en entendant cela, y a accolé l'un des instrumentaux dont il a le secret, écrit avant son arrivée chez Purple, et dans la même tonalité que « this time around » : c'est « owed to G » ! L'album se termine par le bien nommé « you keep on movin' », un mini épique soul-rock composé en 1973 par Coverdale et Hughes pour « Burn », mais rejeté par Blackmore, et chanté à deux voix. Une perle d'émotion avec un solo final d'anthologie de guitares en tierce. Une version éditée de cette chanson sera choisi comme le single de l'album (elle figure en bonus du CD1).
Sur le CD2, vous avez la version remixée par Kevin Shirley, qui sonne plus « live ». Il n'y a plus de fade et certains titres (« coming home », « getting tighter », « dealer », « I need love ») durent plus longtemps, ce qui nous permet d'apprécier d'avantage le jeu de guitare de Bolin. Le son est beaucoup plus puissant (« love child », « lady luck », « drifter »), la guitare mise en avant. Certains éléments disparaissent presque totalement comme les chaeurs énervants de « coming home » ou les moogs datés de « this time around » (qui devient une simple chanson acoustique piano/voix). Certains gimmicks rythmiques -qu'on avait jamais entendus jusqu'alors- réapparaissent au nouveau mixage. Shirley a également scindé en deux morceaux distincts, « this time around » et « owed to G » (jusqu'alors enchaînés), et a interverti « you keep on movin' » et « drifter » dans l'ordre des morceaux. En résumé, Shirley nous propose un disque plus puissant et hargneux, plus Purple quoi ! Deux bonus sont rajoutés en fin de CD : l'inachevé et prometteur « same in LA » (il manque les vocaux) et une jam auto-complaisante guitare/batterie.
Jetez votre ancienne édition CD (ou offrez-là à un cousin éloigné), ruez-vous illico sur ce remaster/remix et « venez goûter le groupe ». C'est assurément un grand cru...