Faut pas se laisser gagner par l’euphorie de croire que l’on est un homme important
Dès la pochette de
Comme on a dit, le ton est donné : noir c’est noir ; et s’il y a certes encore un peu d’espoir qui s’accroche à ce deuxième album très attendu par la critique comme par le public, il semble ici que la Louise des débuts n’ait plus ni l’envie ni le courage d’attaquer qui que ce soit. Le succès de son précédent opus l’a laissée sur les genoux, en proie aux doutes, blessée par les sarcasmes et complètement usée par la pression médiatique.
L’heure est alors aux questions: « Qu’est-ce qui nous tente, qu’est-ce qui nous donne ces envies, qu’est-ce qui nous enchante, qu’est-ce qui réveille la nuit » (
« Qu’est-ce qui nous tente »), se demande cette pauvre Louise perdue dans cette vie qui galope à toute blinde, effrayée par le petit train-train quotidien qui manque la happer à tout instant. Finies les amourettes éternelles : la candeur des premiers jours a fait place à un silence glacial et pesant, (
« Tu dis rien »), le violon a troqué sa joie furieuse contre la mélancolie et les piques de colère ; place désormais dans ce second opus à la rage étouffée contre les ambitieux, les apparences trompeuses (
« Tout passe ») et à l’envie de fuir très loin ce futur pas très bandant, où tout est joué d’avance ; une fuite en avant qui passe par les rêves (
« Comme on a dit ») et le voyage (
« Du nord au sud »). Oui, la petite Louise est en pleine crise, crise de doutes, crise incontournable évoquant le passage à l’âge adulte, où résignation et colère s’entremêlent sans jamais vraiment trouver de réponse à cette peur soudaine de se sentir piégé par les autres et par soi-même. Vivre
« Sans Filet », en totale
« Intranquilité », prendre de nouveaux risques chaque jour, voilà comment Louise se voit quand elle imagine son avenir, et certainement pas « mise sous vide » pour se protéger des scissions (
« Pour un oui, pour un non »).
Ainsi, Louise Attaque semble ici au bord de la rupture, prêt à se saborder histoire de ne surtout pas finir en vieux groupe de rock aigri, résolu à chanter le même tube pendant 20 ans. Et c’est ce désir absolu de ne pas rentrer dans le rang, cette remise en question permanente, qui apportent à cet album une telle force, une telle intensité, notamment dans la
sublime « Ballade de basse » , où les mots eux-mêmes se taisent face à ce magnifique instant acide et vénéneux.
Emilie Paul - Copyright 2012 Music Story