Depuis le très réussi
Quelqu’un M’a Dit (2002), le temps a passé : Carla Bruni a collaboré avec Louis Bertignac et Jean-Louis Murat, écrit un disque pour Julien Clerc, enregistré un album en anglais… et est devenue l’épouse du président de la République française, Nicolas Sarkozy. Mais délaissons l’anecdote et faisons « comme si de rien n’était », ainsi qu’y invite le titre du disque. Dans la lignée du premier album, Carla Bruni développe à nouveau dans ses textes – dont certains très beaux, sensibles et justes – des variations sur les thèmes de l’amour, des bonheurs éphémères et du passé évanoui, notamment dans
« Ma jeunesse » (« Mais ma jeunesse me regarde cruelle / elle me dit : "C'est le temps du départ/ Je retourne à d'autre étoiles/ Et je te laisse la fin de l'histoire" »).
C’est que
Comme Si de Rien N’était est l’album d’une femme de quarante ans, disant ses interrogations et ses enthousiasmes, entre sentiment d’être une éternelle enfant (
« Je suis une enfant ») et nostalgie du temps qui fuit (« Mais le temps me plie, m'enlise / Je m'y brise les dents / C'est lui l'gagnant », in
« Péché d’envie ») qui fait les plaisirs simples et les joies épicuriennes. C’est aussi l’album d’une femme amoureuse, qu’exalte l’
innamoramento, attachante dans ses mouvements de passion enivrée – fussent-ils passablement « neuneu » (
« Ta tienne »). L’album aurait d’ailleurs très bien pu se dépouiller du clin d’œil anecdotique et s’appeler
L’Amoureuse, reprenant le titre de l’une des plus charmantes compositions, aux paroles aussi justes que mesurées : « Le temps s’est arrêté, les heures sont volages / Les minutes frissonnent et l’ennui fait naufrage / Tout paraît inconnu, tout croque sous la dent / Et le bruit du chagrin s’éloigne lentement / Et le bruit du passé se tait tout simplement ».
Disque voguant entre sensualité feutrée et langueur mélancolique, légèreté amoureuse et accès de nostalgie, ce troisième opus de Carla Bruni est moins dépouillé que
Quelqu’un M’a Dit, s’inscrivant davantage – sur le plan musical, cette fois – dans la continuité de
No Promises. Ainsi, les compositions folk s’ornent-elles de sonorités bluesy ou country et d’instruments divers en de plaisantes orchestrations (cuivres, flûte, harmonica, banjo, violon, cuivres…).
Tout n’est pas convaincant et quelques titres sont même ennuyeux, mais le disque comporte de très belles réussites, comme
« Déranger les pierres », où texte et voix font beaucoup penser à Barbara, ou la très belle chanson de clôture,
« Il Vecchio e il bambino », sur un texte de l’auteur-compositeur italien Francesco Guccini. A noter aussi, le berçant
« La Possibilité d’une île », dont les paroles sont signées du romancier Michel Houellebecq. Sans être aussi convaincant que son premier effort, ce disque confirme cependant les qualités d’auteure et de compositrice de Carla Bruni. Au-delà de vaines polémiques sur sa personne,
Comme Si de Rien N’était est l’œuvre d’une artiste authentique, fine et talentueuse.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story