L'histoire n'est pas une science, il n'y a pas d'objectivité et la sociologie est une histoire qui s'ignore. L'histoire n'est pas autre chose qu'une intrigue (un peu comme un roman) reconstruite a posteriori avec un fil directeur, c'est cela que l'auteur nomme avec le néologisme de "rétrodiction".
Voilà en substance les thèses défendues par Paul VEYNE avec style et brio, en étant très facilement lisible et compréhensible. Mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il participe au nihilisme ambiant qui voudrait qu'il n'y ait point de savoir dans les sciences humaines mais seulement des subjectivités, des auteurs exprimant des opinions sous le masque d'une "science" indigne de ce nom.
Il est certain que si on adhère à l'idée que l'histoire n'est pas un savoir, ni une science, il n'y a aucune épistémologie à élaborer à son sujet sauf à dire justement qu'elle n'est pas une science.
Bien que la lecture de l'essai soit stimulante et recommandable, il est permis de ne pas être d'accord avec l'auteur et de lui opposer Henri-Irénée MARROU qui soutient la thèse inverse avec au moins autant de talent (
De la connaissance historique). L'ensemble de ces deux ouvrages paraissent indispensables pour répondre à la question de savoir quelles sont les méthodes de l'historien et plus généralement du chercheur dans les sciences humaines (désolé pour le terme "science" qui semble déjà affirmer ce qu'il y a à prouver mais c'est bien la dénomination en vigueur à l'heure actuelle! --- sans doute un paradoxe à méditer).