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5.0 étoiles sur 5
vertigineux, 17 août 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Comment le Djihad est arrivé en Europe (Broché)
Je suis épatée par ce livre. Il fallait bien la rigueur allemande pour transformer en faits incontestables et "palpables" les rumeurs plus ou moins sensationnalistes sur les liens entre le "terrorisme islamique" et la CIA, le MI-6, et autres OTAN. A la différence de nombreux autres auteurs traitant de ce genre de domaines, Elsasser ne pontifie pas, il assemble patiemment des indices, les relie et les noue jusqu'à en faire des preuves. Puis il assène ses vérités tranquillement, avec une ironie légère avec une technique quasi romanesque. Car, en plus d'être une "mine de renseignements" (dixit Chevènement), ce livre est aussi un régal à lire. Comme un thriller américain... mais sans les mensonges. En plus, l'auteur n'a pas les oeillères habituelles des journalistes occidentaux, qui ont pudiquement évité d'enquêter sur la plateforme islamiste en Bosnie-Kosovo pour ne pas "faire le jeu" des Serbes. Les Serbes ici, innocents ou coupables, ne sont qu'un protagoniste marginal. Leur malheur est de vivre justement dans un coin dont l'Empire mondial a décidé de faire le laboratoire du chaos européen. Et les "indigènes", qu'ils soient chrétiens ou musulmans, ne sont que les pions de ce jeu. On déplorera peut-être un certain parti-pris de gauche pro-yougoslave. Si ce régime communiste, longtemps patronnée du reste par l'Occident, avait réellement été un Etat viable, il aurait résisté mieux quil ne l'a fait aux poussées sécessionnistes. M. Elsasser semble croire que les "tireurs de ficelle" sont entièrement maîtres du jeu. C'est plus compliqué que ça. L'auteur est plus naïf à l'égard de Tito et de ses idées que de Bush et Ben Laden. Mais ce léger parti pris n'enlève rien à la qualité de l'analyse.
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14 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une mine!, 12 septembre 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Comment le Djihad est arrivé en Europe (Broché)
La traduction française du livre de Jürgen Elsässer Comment le Djihad est arrivé en Europe constitue une mine de révélations pour quiconque cherche à comprendre les enjeux géostratégiques mondiaux. Que les services spéciaux américains aient prêté la main subrepticement dès 1992 - en violation de l'embargo sur les armes -, puis officiellement à partir de 1994, à l'armement des milices islamistes de Bosnie est un fait bien connu. De même les liens tissés avec Oussama Ben Laden et son organisation en Afghanistan dès les années quatre-vingt mais maintenus longtemps après. Ce que montre, en revanche, avec un grand luxe de détails Jürgen Elsässer, c'est le véritable chaudron du terrorisme islamiste qu'ont constitué les guerres yougoslaves tout au long des années quatre-vingt-dix. Les attentats du 11 septembre 2001 à New-York, de Madrid le 11 mars 2003, et du 7 juillet 2005 à Londres font tous émerger des personnages qui, à des titres divers, ont été des vétérans des guerres de Bosnie. Il semble qu'il s'agisse là de connexions si gênantes qu'il faille absolument les taire ou les dissimuler. Certes il faut éviter la vision "bosno-centrée" bien que quelques éclairages a posteriori sur la division SS Hanjar, les "exploits" des djihadistes et les fréquentations douteuses d'Izetbegovic mériteraient à coup sûr d'ébranler la bonne conscience de l'opinion occidentale, tellement manipulée par les Bernard Henri Lévy et consorts : c'est ainsi qu'on voit apparaître El Zawahiri, considéré comme l'actuel numéro deux d'Al Quaïda, dans l'approvisionnement en armes des milices islamistes bosniaques au milieu des années quatre-vingt-dix. Pourquoi ce soutien apparemment aveugle de la politique américaine, à travers services spéciaux et entreprises mercenaires, à la création d'un Etat musulman au c½ur de l'ancienne Yougoslavie ? Les Etats-Unis étaient-ils poussés par le noble idéal de l'autodétermination des peuples ? Ou bien poursuivaient-ils un but plus obscur dont le monde musulman, en définitive, aurait été le jouet ? Car ce qui intéresse l'Administration américaine c'est quand même avant tout le contrôle des gisements de pétrole et des voies d'acheminement de celui-ci par la voie maritime ou par oléoducs (en Afghanistan et dans le Caucase notamment). Zbignew Brezinski, ancien conseiller de Jimmy Carter pour les affaires extérieures, a éclairé d'une lumière crue dans un maître livre paru en 1998, Le grand échiquier, les enjeux centraux de la diplomatie américaine : contrôler l'Eurasie et les régions pétrolifères du Golfe et de la Caspienne, réduire l'influence de la Russie et asseoir la domination des Etats-Unis sur le monde musulman. La mise en ½uvre ultérieure de ce grand dessein par les néoconservateurs laisse sans doute quelque peu à désirer ? La " grande guerre déclarée au terrorisme " rompt-elle vraiment avec la volonté d'instrumenter le monde musulman à travers le soutien des milices fondamentalistes en Afghanistan dans l'ex-Yougoslavie, voire dans le Caucase ? Elle exacerbe les contradictions qui s'y manifestent et l'entraîne tout entier dans une régression sans précédent. Le livre de Jürgen Elsässer est fort instructif sur le rôle des services spéciaux dans la manipulation des conflits (et des opinions publiques droguées aux idéologies identitaires). Il est vrai que les services se prennent souvent les pieds dans leurs propres intrigues. Dans la société hypermédiatique où nous vivons, leurs manigances finissent toujours par être éventées. C'est l'un des grands mérites du livre de Jürgen Elsässer de nous faire voir par leur petit côté (mais les trous de serrure ne font-ils pas découvrir bien des choses ?) les projets mégalomaniaques ourdis par les " maîtres de l'heure " (qui cesseront souvent de l'être dans l'heure qui suit). Même si Jürgen Elsässer nous étourdit parfois sous la multiplicité de ses sources et l'abondance de ses références, rendons hommage à son érudition : son livre contribuera utilement à un sain pluralisme et à l'éclosion de vérités pas toujours bonnes à dire. Saluons son immense travail et la contribution salubre que son livre apporte à un débat démocratique débarrassé des a priori trompeurs qui obscurcissent la compréhension des enjeux et retardent l'heure d'une paix juste dans les Balkans et ailleurs. Je souhaite que ce livre fasse réfléchir au-delà des passions souvent instrumentées à des fins pas toujours avouables. Je ne doute pas qu'il sera utile au retour de relations pacifiées entre les Etats-Unis, l'Europe et le monde musulman
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Personne n'en sort grandi..., 7 juin 2007
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Le titre de l'ouvrage pose une excellente question... et son contenu se propose d'y répondre. Dans son analyse de l'arrivée de forces djihadistes en Europe, l'auteur choisit de partir de la Deuxième Guerre mondiale (présence d'unités musulmanes dans la Wehrmacht, personnage d'Ante Pavelic), puis fait un bond jusqu'aux années 1990. Jürgen Elsässer tire un portrait assez idéal de la Yougoslavie d'avant son éclatement, pays où les cultures se côtoient de manière pacifique voire festive, loin de tout fondamentalisme. Puis son analyse des guerres qui ont secoué les Balkans après la chute du Mur de Berlin est pour le moins nuancée : plutôt que de noircir systématiquement les Serbes comme l'a fait une certaine propagande, l'auteur, journaliste allemand, s'attache à démonter les éléments largement diffusés à la charge de ces derniers, et à rétablir la vérité, en rappelant plus d'une atrocité commise par des moudjahidin venus du Moyen-Orient, souvent vétérans de l'Afghanistan (image récurrente de parties de football disputées avec une tête de Serbe en guise de ballon), venus combattre et si possible mourir pour l'islam dans les Balkans. L'ombre d'Al-Qaida plane aussi sur l'enquête d'Elsässer. Prenant le contre-pied des descriptions usuelles, qui y voient un organisme bien ordonné, il en décrit le fonctionnement comme une simple structure de formation dont sont « membres » ceux qui s'y sont rendus. De même, il analyse le mode d'action des Etats-Unis : sous-traitance, financements, soutien à certains groupes (régulièrement aux extrémistes de l'Islam, dont plusieurs représentants ont reçu une formation militaire ou d'aviation aux Etats-Unis) plutôt qu'à d'autres. Personne ne sort grandi de cet ouvrage, ni l'Europe, qui laisse faire (mais devrait réagir), ni l'Amérique (sans le soutien financier de laquelle les mouvements extrémistes n'auraient ni l'audience, ni les moyens de s'imposer dont ils disposent), ni les belligérants. Ce portrait du terrorisme de ces vingt dernières années, qui aboutit aux attentats de Londres, captive, et convainc également par la richesse et la qualité de ses sources, parfois tirées de la presse allemande ou orientale, quand il ne s'agit pas du résultat de l'étude détaillée de rapports.
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