Comme cela a été rappelé ici, il ne faut pas confondre l'ouvrage de Veyne avec celui de Baslez. La nuance entre les deux questions posées (Quand/Comment) révèle la césure entre les démarches de ces auteurs : théoricien convaincu de la rupture, Veyne entend faire du règne de Constantin l'instant décisif de l'affirmation du christianisme comme religion privilégiée. Si Mme Baslez ne nie pas l'importance de la conversion de l'empereur, sa lecture, plus prudente, et de fait, plus juste, donne au concept de "christianisation" tout son sens. Son objectif est de montrer comment le christianisme s'affirme dans une progression plus ou moins évidente à caractériser, en partant de son implantation sociale et locale et de la définition d'une orthodoxie. Je trouve ses analyses sur la doctrine de Paul de Tarse (favorable à une inscription active et participative du chrétien, en tant qu'il est mortel, dans le royaume terrestre) tout à fait opportunes, en ce qu'elles permettent au lecteur de mieux percevoir les enjeux et les mécanismes profonds de la christianisation.
Il s'agit davantage d'un rappel à l'ordre, d'une mise au point (l'auteure n'hésite d'ailleurs pas à présenter les différentes hypothèses formulées par les historiens, notamment à l'égard de Constantin, pris entre une interprétation mystico-psychologique, celle de Veyne, et une autre, plus politique ou opportuniste, celle de Turcan) que d'une discussion entre érudits. Je trouve pour ma part l'ouvrage tout à fait accessible pour un non-initié, pour peu qu'il ait le courage de faire quelques recherches (rapides) sur internet ou dans des dictionnaires thématiques. La bibliographie proposée en annexes, organisée et enrichie de commentaires, est très utile pour approfondir les multiples questions posées par l'étude.