Idées clés, par Business Digest
Les motivations individuelles ne sont pas souvent altruistes. La générosité cache souvent une motivation individuelle. La charité est une manière de sauver son âme. Cependant l'attitude d'un égoïste ne mène pas forcément à une société où la règle est «chacun pour soi».
Souvent nous remportons une victoire avec et non pas sur notre adversaire.
La vie n'est pas une partie d'échecs, dans de nombreuses situations les individus et les groupes humains peuvent coopérer pour le bien de tous. Les joueurs, pour favoriser la coopération, devront avoir une stratégie coopérante, indulgente mais où est présente la susceptibilité.
La société s'organise pour favoriser la coopération.
Dans un monde qui coopère les tentatives d'exploitation sont importantes. Duper une personne est très facile. Pourtant l'entente générale persiste et la tromperie n'apporte souvent qu'une mauvaise réputation et une condamnation juridique. La coopération est stable et les lois renforcent ses assises. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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Or, les situations où, pour réussir, il faut faire échouer les autres, ne sont en fait pas les plus typiques en économie. Souvent, une entreprise ne peut réussir que si d'autres en font de même. La modélisation adéquate s'avère alors être celle en termes de jeu à somme positive, où coexistent intérêts de coopération et de compétition.
«Comment réussir dans un monde d'égoïstes» expose le dilemme désormais classique dit «du prisonnier», jeu qui modélise une catégorie de situations où les intérêts personnels de chacun conduisent à un équilibre économique sous-optimal - chacun y gagnerait si tout le monde «coopérait». Ce type de logique joue souvent dans la réalité, aussi bien en relations internationales qu'en économie. Dans son livre, Axelrod illustre de manière spectaculaire le fait que la coopération devient, en l'absence de tout pouvoir central qui obligerait les agents à coopérer, une issue rationnelle lorsque le jeu est répété sur un horizon indéfini, parce qu'alors chaque joueur dispose d'une information supplémentaire - le comportement passé de l'autre joueur - ainsi que la possibilité de punir l'autre au cas où celui-ci venait à faire défection.
Aussi important que soit le message du livre, il convient de se montrer prudent. Le dilemme du prisonnier simple présenté par Axelrod est un jeu symétrique, à information complète et répété à l'identique. En tirer, sans précaution, des enseignements pour la vie réelle peut s'avérer néfaste. L'un des enseignements essentiels de la théorie des jeux est que les hypothèses de travail sont fondamentales et que les résultats en dépendent parfois de manière très sensible. Or, dans la réalité, les revenus sont rarement symétriques et connus d'avance de manière précise, il y a des aléas et l'information est incomplète. Axelrod lui-même signale d'ailleurs que la stratégie «donnant-donnant» n'est alors pas adaptée, et en propose une variante.
Il faut bien comprendre que l'incomplétude de l'information et la présence d'aléas peuvent faire obstacle, dans la réalité, à la coordination sur l'équilibre «coopératif». Une illustration simple de ce fait est celle des oligopoles, dont la logique est extrêmement proche de celle du dilemme du prisonnier. Or, il est un fait empirique que des entreprises ne peuvent faire collusion sans aucune entente explicite que lorsqu'elles sont en nombre restreint sur un marché. En effet, plus il y a d'acteurs sur le marché, plus il devient difficile pour chacun de connaître les gains passés ou espérés des autres, d'interpréter avec justesse les raisons d'une éventuelle baisse du propre revenu (quelqu'un a triché ? Il y a eu un choc extérieur ?) et aussi d'identifier l'éventuel coupable.
Un autre risque est de croire que de nombreuses situations réelles peuvent se modéliser sous la forme d'un simple dilemme du prisonnier. Or, il arrive fréquemment dans la réalité que plusieurs types d'intérêts et plusieurs types d'acteurs s'entremêlent, donc que plusieurs dilemmes coexistent de manière indissociable. En somme, il convient de toujours bien cerner le jeu qui se joue.
En dépit des restrictions à apporter à la portée de la thèse d'Axelrod, en dépit aussi d'imperfections - un certain flou conceptuel, incohérences dans la démarche, ignorances de certains résultats théoriques établis bien avant la publication du livre, affirmations parfois non fondées - «Comment réussir dans un monde d'égoïstes.» à un mérite qui justifie son immense succès.
Ce livre expose dans une langue claire, agréable et à la portée des non-spécialistes, d'importants concepts et résultats de la théorie des jeux, outil stimulant pour le développement de la réflexion stratégique des dirigeants. Mais surtout, il contribue à nous faire prendre conscience de la complexité du monde et d'une possible coexistence entre concurrence et coopération. Or, adopter ce nouveau shéma mental doit nécessairement se traduire par une révolution de l'organisation et du comportement stratégique des entreprises. -- Sorbas Von Coester -- --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.