Bien accueilli commercialement lors de sa sortie en 1975, le nouvel album de Steeleye Span se classe au 21ème rang des charts du Royaume-Uni. Plus rock que folk, il met en lumière le travail fantastique pour faire sonner contemporain des chants, une fois encore, puisés dans le catalogue traditionnel. Les riffs s'alourdissent, les instruments sont utilisés plus sauvagement, la batterie se fait plus marquée, le choix des chansons est toujours aussi judicieux. Nous sommes bien dans le registre rock annoncé. On accède à cette nouveauté discographique par un remarquable « médiéval réactualisé », Little Sir Hugh, martelé, vif et enjoué, qui met en évidence les énormes dispositions vocales de Maddy Prior. Elevé au biberon du folk, Steeleye Span fait montre d'une grande aisance dans l'interprétation plus rock. C'est ce qui donne tout son équilibre à Commoner's Crown (excellente musicalité) qui vaut aussi par l'épique Long Lankin' (pas loin des 9 minutes), que l'on peut, toutes proportions gardées, comparer au King Henry de Below The Salt. Commoner's Crown se démarque également par la très belle ballade Demon Lover, tristement sous-estimée. Outre des titres qui ont leur place ici (Dogs And Ferrets, Galtee Farmer, Elf Call) mais qui sont moins accrocheurs et brillants, il surprend, par ailleurs, dans sa fusion intelligente du violon classique avec le folklore traditionnel irish. Il en résulte un intéressant Bach Goes To Limerick. L'autre surprise vient du fait de voir Peters Sellers, le comédien, figurer sur New York Girls où il officie au ukulélé. Amusant, il permet de sortir avec le sourire aux lèvres de cette écoute, mais il (New York Girls) ne restera pas pour autant dans les annales du groupe, pas plus que la berceuse qui le précède, Werry Cutters.