CHRONIQUE DE HERVE PICART MAGAZINE BEST AOUT 1979 N° 133 Page 78
2° Album 1979 33T Réf : Vertigo 9102 031
J'entends déjà à propos de ce deuxième album de Dire Straits, les commentaires de ceux qui ne voulurent pas parler du premier : du style "ils ont refait la même chose ! c'est toujours pareil ! ils n'ont pas beaucoup d'avenir ! c'est le groupe d'un coup !" Que d'inepties, vraiment, alors que "Communiqué" est encore plus beau et plus réussi que le premier disque de ces nouveaux venus, inattendus. Ce groupe a su se créer, du premier coup, un style personnel et se creuser son propre créneau dans une actualité musicale saturée. Il fait à présent mûrir cette personnalité, et qui oserait s'en plaindre, vraiment, car l'originalité et la fraîcheur des Straits sont un mets trop précieux pour être boudés. Seuls les jaloux et les aigris peuvent faire grief à ce groupe de se contenter d'être lui-même (ce qui est énorme, car il est unique en son genre, et donc infiniment recherchable).
"Communiqué" est, par rapport au premier album, d'une part plus équilibré dans la mesure où il n'est pas dominé par un morceau-roi comme "Sultans Of Swing", où il se montre au contraire intéressant par chaque morceau, preuve d'un approfondissement du savoir-composer de Mark Knopler, qui continue par ailleurs à dominer le groupe tant par ses vocaux nonchalants, mais insinuants, que par sa guitare, encore plus volubile et gracieuse qu'auparavant. Plus musical aussi dans la mesure où les morceaux ne se contentent pas de leur seul style pour persuader, mais reposent sur des stratégies plus raffinées au niveau mélodique, avec de subtiles montées d'intensité comme sur le fantastique
"Where Do You Think You're Going ?", et des thèmes plus fermés, telle celle de "Single-Handed Sailor". Les Straits
montre avec ce deuxième album un savoir-faire (savoir-dire ?) en progrès, qui rend leur musique plus efficace, plus pleine, tout en ne lui ôtant rien de ses désormais légendaires délicatesses. Toujours aussi sudiste, toujours aussi charmeur, le groupe évolue vraiment vers une plus grande maîtrise et une meilleure utilisation d'une personnalité musicale offerte à l'état brut dans le premier album. De ce fait, la production de l'album est plus sobre, parce que cette musique plus forte nécessite moins d'effets hi-fi que la mouture initiale. Jerry Wexler et Barry Beckett ont mis le groupe en son d'une façon plus directe que Rhett Davies, mais ce que l'on perd en fioritures acoustiques est largement compensé par le gain en classe de la musique elle-même. Tout cela fit de "Communiqué" un disque encore plus attachant et séduisant que le précédent album, et de Dire Straits un groupe qui passe sans problème du statut d'espoir à celui (déjà) de grand maître. Et tout cela en douceur, en tendresse. La musique pure existe encore.