Companion reste, treize ans après sa parution, une sorte de sommet dans la discographie de Patricia Barber, l'une des musiciennes de jazz (chanteuse et pianiste) les plus atypiques et envoutantes de sa génération.
Enregistré sur la scène chaleureuse du Green Mill de Chicago (un club où elle est comme à la maison, puisqu'elle y joue tous les lundi -hors tournée- depuis un paquet d'années) en juillet 1999, ce condensé de quarante-cinq minutes live est un sommet de charme velouté et de créativité ludique, bref un régal de jazz vocal jouissif et bien loin des clichés du genre et autres minauderies...
La voix de Patricia Barber, doucement cendrée mais charnue, jouant sur des mediums en demi-teintes magnifiques, happe l'attention dès les premières secondes du disque.
On devine la trempe et le tempérament de cette femme fascinante, en dégustant cet album malicieusement agencé, qui s'ouvre et se referme sur des reprises faisant l'objet de subtiles réinventions ' un domaine dans lequel Barber excelle, en marge de ses propres compositions : « The beat goes on » (de Sonny Bono) qui ouvre les festivités avec son groove tranquille et son atmosphère urbaine et sensuelle. On déguste, immédiatement après, le même genre d'hypnose lancinante et suave avec le grand classique « Use me » de Bill Withers, une pièce de choix dont Barber s'est tellement bien emparée, qu'on pourrait lui en attribuer la composition par mégarde.
Également au menu : un instrumental trépidant concocté par la dame (« Like JT », un jam très vif qui brouille les cartes du bop et du funk en toute décontraction), et des chansons personnelles (la ballade « Let it rain » qui joue sur le fil du cocasse et de la mélancolie, et tranche radicalement avec l'acide et emblématique « Touch of trash »).
Il faut signaler que PB était particulièrement bien entourée, par des musiciens dont certains l'accompagnaient encore il y a peu : le contrebassiste Micheal Arnopol, le batteur Eric Montzka, le guitariste John McLean et le percussionniste Ruben P. Alvarez.
Et c'est donc une autre reprise qui conclut l'album ' le « Black magic woman » de Peter Green, une vieille cire savoureuse aux accents de soul moite et de Blaxploitation (et également devenu, depuis, l'un des fleurons du répertoire de la musicienne).
Companion, son dernier disque paru chez Premonition records, annonçait déjà le tournant à venir (les albums Verse et Mythologies, entièrement consacrés à du répertoire original), tout en confirmant les fondamentaux et les incroyables talents de Patricia Barber.