Le dernier Redman, ça donne quoi ? Le saxophoniste le plus controversé du jazz a réalisé cet album, "Compass", en 2009, pour le label Nonesuch. Rien de transcendant en apparence, mais grossière erreur si l'on passait à côté : ce disque est une petite merveille. Surprenant ? En tout cas, une belle progression, me semble-t-il, vers une esthétique très jazz, plus intéressante et peut-être plus radicale que dans "Back East", son album précédent. Avec "Compass", on est bien sûr dans la lignée des trios de Sonny Rollins (sans piano). Mais on a peut-être là aussi le meilleur album du saxophoniste ! Au ténor comme au soprano, Redman propose un univers plus expérimental que lors de ses précédents albums. Imprévisible, hynotique, roboratif, tout est là pour en faire un grand album de l'année 2009. Il s'agit peut-être de son album le plus libertaire, le plus avant-gardiste aussi (freebop). Mais l'auditeur ne se perd pas. Loin de là. Un parfum de Sonny Rollins (Faraway, Identity Thief, Just Like You) mais aussi de Wayne Shorter (le superbe Ghost, tout en colorations asiatiques). Une écoute attentive révèlera des qualités indéniables : contrastes saisissants, qualité des improvisations et de l'écriture. Redman est entouré de deux batteurs (Brian Blade et Gregory Hutchinson), et de deux contrebassistes (Larry Grenadier, Reuben Rogers), selon les plages. Sauf que sur certains morceaux comme le très beau "Just Like You", on a les deux batteurs et les deux contrebassistes réunis pour former un quintet atypique. A noter que, chose incroyable, Brian Blade dans son solo sur "Just Like You", montre qu'il s'est doté d'un sens polyrythmique extraordinaire, digne du très grand Elvin Jones.