Certains ont considéré
Completely Well comme le début de la fin pour B.B. King, le chant du cygne du roi du blues. Ulcérés par le caractère plénipotentiaire d’une section de cuivres jugée envahissante et des cordes sensément édulcorant la saveur primitive de l’inspiration du
bluesman, les gardiens de l’orthodoxie n’y ont vu que trahison des racines et inféodation au marché blanc.
Donc, un constat primitif : B.B. King (et il semblerait que ce soit le cas d’une majorité d’artistes) joue de la musique pour gagner de l’argent. Ceci établi, reste à déterminer à quel stade se situe la trahison. Dans
Completely Well, le
bluesman signe en grande partie un répertoire dont il est en conséquence parfaitement responsable, chante merveilleusement bien et caresse une guitare particulièrement inspirée. Bill Szymczyk produit l’ensemble avec sa discrétion et son intelligence coutumière.
Les
sidemen (Paul Harris, tout à fait excellent aux claviers) sont là pour mettre en valeur leur leader et ils le font parfaitement. Et puis, avouons-le, il y a
« The Thrill Is Gone », chanson emblématique de toute la carrière de B.B. King, empruntée au répertoire du pianiste de jazz Roy Hawkins et offerte en contrepartie à un public bien plus large que celui du blues. Tout commence donc ici à l’échelle planétaire pour l’ex-petit garçon grandi dans une plantation de coton sudiste et on aurait mauvaise grâce à s’en lamenter, tant la manière, l’inspiration et l’interprétation restent d’une classe incomparable.
Un disque indispensable à la bonne compréhension de l’artiste exceptionnel que reste B.B. King, depuis ses tous débuts, en 1949, sur le label spécialisé RPM, à cette réalisation œcuménique. L’album est classé en cinquième position des ventes de disques de musique noire (trente-huitième des charts pop), et
« The Thrill Is Gone » atteint le Top 5 des classements de musique noire (et la quinzième place des hit-parades pop). Quant à
Completely Well, il se voit attribuer en 1970 le Grammy Award du meilleur enregistrement de rhythm’n’blues masculin.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story