Il y a une petite dizaine d'années, les Streets venaient nous surprendre avec
Original Pirate Material, suivi de près par
A Grand Don't Come For Free, deux perles, chroniquant la vie des jeunes branleurs anglais, le tout décrit avec humour par un Mike Skinner à l'accent tranché, pendant que la musique donnait un vrai coup de pieds dans la fourmilière, faisant exploser dans les charts des sonorités jusqu'alors underground. Les deux albums suivants, injustement sous-estimés, relataient les états d'âme de Mike Skinner, avec une honnêteté sans limite, parlant aussi bien de la mort de son père que des affres de la célébrité.
Que fallait-il attendre de cet album annoncé de longue date comme étant le dernier? Pas forcément grand chose. Musicalement, Skinner semblait avoir un peu fait le tour de la question, passant même par des phases d'accalmie surprenante mais très réussie. Et pourtant, le revoilà en grande forme. Reprenant les rythmiques qui avaient fait son succès sur les deux premiers albums, tout en gardant la sonorité lumineuse qui ressort globalement des deux suivants, Computers and Blues annonce la couleur: puisqu'il s'agit d'un dernier album, il s'agira d'une synthèse.
Skinner reprend sa plume pour chroniquer le monde qui l'entoure, ce que tout le monde attend de lui, mais ne se prive pas pour autant de partager ses sentiments et ses sensations, ce pour quoi il est sans doute le meilleur. Ainsi, il arrive tour à tour à épingler la génération facebook (sur OMG) qui vit ses sentiments à travers ses statuts électroniques, et à livrer ses sensations sur la naissance de sa fille (Blip on a screen, splendide). Décidément branché nouvelle technologie (et toujours dans un but d'opposition entre la technologie et les sentiments), Skinner rappelle sur Puzzled by people que si Google est souvent une solution, ce n'est pourtant pas là qu'on trouvera la solution aux problèmes émotionnels. Vaguement pessimiste? Non, le bonhomme propose aussi de profiter très simplement de la vie sur le joyeux Roof of your car.
Bref, tout y passe et c'est avec bonheur qu'on retrouve des sons comme sur le court morceau ABC (qui n'aurait pas juré sur le premier album) ou des paroles comme celles de Trying to kill M.E. (plus proche des préoccupations du précédent
Everything is borrowed), chanson sur les excès de jeunesse "The thing that I love most is trying to kill me" (sans doute une des phrases les plus typiques de the Streets).
Finalement, c'est par un bel au revoir (Lock the locks) que se finit cet album. La boutique est maintenant close, on est un peu triste, mais il nous restera toujours 5 albums géniaux pour se souvenir des Streets, dont un dernier sous forme de récapitulatif qu'on n'a pas fini d'écouter.