En cette année 2009 où nous commémorons le deux cent cinquantenaire de la disparition de Haendel, le nouveau contrat du Giardino Armonico avec le label Oiseau-Lyre s'inaugure par les emblématiques "Concerti Grossi" opus 6, ici joués dans leur version avec hautbois, et invitant même des bassons (on aurait ainsi aimé en savoir davantage sur les partitions utilisées...)
Le livret évoque la trajectoire de l'ensemble milanais, ainsi que ses options esthétiques explicitées par quelques citations de son directeur Giovanni Antonini qui ne mâche pas ses mots envers « le style asséché de certains ensembles anglais et néerlandais » : lesquels au fait ? Oh non, pas eux...
Si cette sécheresse correspond à un jeu recto staccato, à une articulation astringente, à la gesticulation (fra)cassante des coups d'archets, à l'univocité de la démarche interprétative, la sentence n'aurait-elle dû veiller à ne pas tendre la trique pour s'en faire battre ?
« Il Giardino Armonico adopte une vision typiquement dramatique de ces pages -et distinctivement italienne » écrit le signataire du livret. « Une perspective fraîche -et italienne » ajoute Antonini qui reconnaît (légitimement) à son équipe une sonorité et une approche spécifiques. Une idiosyncrasie qu'on avait par ailleurs cru constater dans des "Brandebourgeois" fantasques et inhabituellement éclairés de soleil méridional (Teldec).
Albinoni, Torelli, Geminiani, et surtout Corelli inspirèrent irrécusablement ces douze Concerti et l'on ne saurait certes réprouver de vouloir les jouer à la faveur de cette influence latine.
Le génie de Haendel fut pourtant de l'avoir acclimatée en un langage synthétique où l'on ressent tout autant le goût versaillais (rythmes pointés des ouvertures à la française) ainsi que la lointaine discipline du contrepoint germanique (l'élaboration fuguée du n°4) réunis en un creuset souverainement équilibré, sans subversion mais pas sans conservatisme.
C'est cet équilibre formel, cette diversité des muses que me semblent abusivement bousculer les interprètes transalpins, nous offrant les mêmes procédés (voire stéréotypes) qui nous enthousiasment dans leurs disques vivaldiens.
Certes : le cantabile de la "Siciliana" chante avec une délectable respiration, les mouvements lents s'épanouissent avec chaleur, le Largo du n°7 prend le temps d'égrener un agréable continuo... L'on croirait presque entendre un soupçon de legato concédé à la Gigue du n°9 ou au Moderato du n°10.
On mentirait en disant que cette lecture aborde chaque Concerto sans considérer son univers propre, mais les allegros paraissent toutefois invariablement comme l'irrésistible proie d'un théâtre de contrastes : raclés sans vergogne, zébrés de staccato capricieux qui au mieux exacerbe l'éloquence, au pire dilacère le canevas mélodique.
Les pages de caractère (la Polonaise du n°3) ne sont pas épargnées par cette virilité dont les excès de mise en scène (le finale du Concerto n°1 !) éprouveront votre seuil de résistance.
A cet égard, la captation très dynamique incitera les oreilles sensibles à baisser le volume de l'amplificateur pour se prémunir contre l'agressivité des assauts de ripieno.
Si vous cherchez une version tonique, saillante, déperruquée, irrépressiblement vitaliste de l'opus 6, ce coffret vous rassasiera. Pour les auditeurs qui se satisfont d'une écoute plus sereine et melliflue, ne sera-ce la boîte de Pandore ?
Pour ma part, j'ai choisi mon parti : l'apprivoiser à petite dose, comme un stimulant, parallèlement à Christopher Hogwood (chez le même label) et Neville Marriner dont les vertus apolliniennes ne présentent (j'espère...) rien de « desséché ».
Concluons : puisqu'il a fallu évaluer cet album pour le commenter, précisons que la note de 4 étoiles n'est qu'une vaine commodité rendant imparfaitement compte d'une interprétation très typée qui risque de diviser les mélomanes.