Ce disque vaut pour de multiples qualités essentielles.
Sur le plan de la forme, la prise de son est fabuleuse et l'aspect "technique" du disque est parfait. Les instruments sont d'une lisibilité incroyable et le rendu spatial est grandiose, avec un étagement des registres et des voix superbe.
Sur le plan de la forme, évidemment, on ne va pas spontanément chercher James Levine quand on recherche un grand interprète de Bach. Eh bien le chef réussit son pari avec ces prises éblouissantes.
Les concertos brandebourgeois, tant enregistrés, si connus, sont donnés ici dans une vision résolument joyeuse et dynamique. Il n'y a pas de métrique ou de carcan comme on l'entend parfois dans certaines versions germaniques, mais bien une interprétation jubilatoire, presque une jouissance, à interpréter ces concertos. Le plus bel exemple en est la fameuse badinerie de la suite BWV 1067 tout particulièrement festive et sincère. La présence de James Galway à la flûte y est assurément pour quelque chose.
La pépite de ce CD est pour moi la BWV 202, la fameuse cantate profane dite du mariage, avec la seule Soprano Kathleen Battle. En mettant de côté les grandes interprétations issues des intégrales Koopmann, Leonhardt ou Gardiner, les alternatives sont peu nombreuses : Maria Stader et Karl Richter ou Edith Mathis avec Peter Schreier. La différence est majeure ici. Pour s'en convaincre l'aria "Sich üben im lieben" très exigeant puisque joué avec le seul hautbois et la basse continue en accompagnement d'un texte allemand complexe. Si Maria Stader a la facilité de la langue maternelle, et la virtuosité d'une tessiture cristalline, elle est mal soutenue par une partie orchestrale empâtée et un tempo laborieux. Point de joie mais un effort. Edith Mathis s'en sortirait plutôt mieux mais elle est moins à l'aise. La version contenue dans l'intégrale de Brillant est à rapprocher de ces deux interprétations: assez germanique.
La version de Battle avec Levine est éclatante de luminosité. On a l'impression réelle d'être dans cette maison du Nord de l'Allemagne où les convives célèbrent les épousailles de jeunes gens manifestement unis par amour. Battle n'est que joie, fête et fluidité du verbe musical, soutenu par un hautbois époustouflant. Le résultat est une mélodie à laquelle on ne peu résister, si séduisante malgré le nécessaire articulé d'un texte opulent. Cette interprétation est vraiment un chef d'oeuvre.
Au final un excellent moment musical qui entre tout droit dans la discothèque idéale "Bach".