Doit-on pour cette chronique, parler de Deep Purple, ou du seul Jon Lord, principal instigateur/compositeur/arrangeur de ce CONCERTO FOR GROUP AND ORCHESTRA ?
Jon Lord, le claviériste de Deep Purple, fut premier prix de conservatoire classique, en 1960, et s'intéressa d'abord au jazz. Récemment encore, il présentait des pièces classiques au public, avant de rencontrer les Hoochie Coochie Men en Australie
Live at the Basement. Les trois premiers albums de Deep Purple (avant qu'il ne devienne avec IN ROCK, le précurseur du heavy rock que l'on connaît) donnaient dans une pop bluezy et psychédélique, avec chemises à jabots et choucroutes bouclées du meilleur effet. Richie Blackmore y balançait déjà quelques bons riffs, et solos virtuoses. Mais on sentait que le groupe était sous influence de Lord, qui dans le troisième album éponyme du groupe, composa « April », une pièce pop et classique de 12 minutes.
En septembre 1969, fraichement remanié (Ian Gillan et Roger Glover inaugurent le fameux mark II) Deep Purple donne au Royal Albert Hall, ce concert très particulier. Un concerto, dialogue entre un orchestre symphonique, et rock. Expérience rare, et qui fut saluée à l'époque, et grand succès.
La séance est complétée par trois morceaux, un « Hush » soul à souhait avec un chorus d'orgue Hammond, l'instrumental boogie « Wring that neck » tiré de THE BOOK OF TALIESYN, soit une douzaine de minutes d'impro débridées, et un inédit du groupe, un certain « Child in time », gravé l'année suivante sur IN ROCK, et qui reste aujourd'hui une pièce maîtresse de la musique rock.
Vient ensuite la partie concerto, développée donc autour de trois mouvements. Très honnêtement, mes compétences en musique classique étant ce qu'elles sont, je me vois mal analyser l'oeuvre ! Il est clair que la composition de Jon Lord ne possède pas le génie d'un Beethoven. Sa musique s'apparentant parfois plus à une musique de film, aux effets très soulignés. Un passage - relevé par la guitare de Blackmore - sonne très western spaghetti. En tout cas, Lord met en évidence les différents instruments de l'orchestre, une belle clarinette pour commencer, des hauts-bois, plus tard des cors, des envolées lyriques de violons, le tout entrecoupé des interventions pop du groupe, avec une courte et très belle partie chantée dans le second mouvement. Lord à l'orgue, et Blackmore à la guitare nous gratifient de chorus funky-bluezy particulièrement brillants. Ian Paice nous offre lui, à la fin, un solo de batterie, agrémenté de timbales, avant le tonitruant final.
Jon Lord avait ensuite écrit une suite, GEMINI SUITE, mais peu au goût de Richie Blackmore, qui reprenait le gouvernail du groupe, pour partir vers des océans houleux, déchirés de riffs électriques. Ce même Blackmore, qui avec son groupe Rainbow, avait repris la 9ème de Beethoven sous le titre "Difficult to cure". Ce concerto fut rejoué en 1999 avec Steve Morse à la guitare. On peut en entendre un extrait (et voir la pochette) dans le film de Jean Eustache LA MAMAN ET LA PUTAIN.
Je ne saurais juger la réelle qualité musicale de cet opus, qui est néanmoins très agréable et excitant à écouter. Mais historiquement parlant, CONCERTO FOR GROUP AND ORCHESTRA est désormais un classique de la pop musique. D'autres groupes s'essayèrent, au genre, mais peu ont produit de chefs d'oeuvre. Plus récemment, des chanteurs pop ont uni leurs voix à des ténors d'opéra, avec un résultat assez ridicule, pour les uns comme pour les autres. Le rock'n'roll est intrinsèquement une bonne musique, qui n'a nul besoin d'oripeaux classiques pour s'anoblir. D'ailleurs, anoblir le rock est un contre sens en soi !
Pour être complet, précisions que cette édition (un peu chère) propose l'intégralité de la soirée. Sur l'édition de 1998,
Concerto for Group and Orchestrale titre « Hush » avait été coupé. Il était par contre disponible, comme les deux autres titres pop, sur le disque sorti
Power House en 1977.