Dans ces enregistrements de 1987, l'on retrouve les meilleures qualités interprétatives de Charles Dutoit à la tête de son Symphonique de Montreal : transparence analytique, probité stylistique (voire une certaine neutralité) et un souci de lisibilité impeccablement accompli (finale du "Concerto pour orchestre"), sans néanmoins atteindre la maestria de Szell à Cleveland (CBS) ou de Reiner à Chicago (RCA).
Le « giuco delle coppie » et l'intermezzo sont bien servis pas les bois et cuivres canadiens, mais l'élégie manque de mystère et de tension comparée aux lectures d'Ancerl (Supraphon), ou Solti (à Londres, Decca).
Dans la "Musique pour cordes, percussion et célesta", l'inéluctable progression dramatique de l'andante initial pâtit ici d'un climax trop anodin. Quel contraste avec le paroxysme qu'y construit Mravinski (Melodiya) !
Réverbérés dans l'acoustique de St Eustache, les mordants échanges antiphoniques de l'allegro sont suscités avec une sécheresse quasi honéggerienne, le chef suisse demeurant d'ailleurs un des meilleurs interprètes des symphonies de son compatriote.
Les inquiétantes ambiances nocturnes de l'adagio sont très finement évoquées, et le finale grise l'oreille par la légèreté de ses textures qui catalysent l'élan rythmique.
Bilan : voilà des interprétations qui explorent le potentiel de virtuosité des oeuvres, rappelant parfois le style analytique de Pierre Boulez (Sony) sans toutefois faire preuve de la même radicalité.
En complément de ces brillantes lectures, Fricsay (DG), Dorati (Mercury, ou Hungaroton) et Lehel (Praga) doivent être entendus pour leur approche plus typiquement magyare.