Le label Naxos n'en finit pas de nous surprendre par l'évolution très sensible de son catalogue. Tout en maintenant sa politique du tout petit prix (un album pour 7 €), il fait désormais appel à des interprètes qui, sans être de grosses pointures, sont souvent de grande qualité (sans compter les rééditions d'enregistrements par des interprètes de légende, comme Prokofiev ou Rachmaninov).
La preuve nous en est encore donnée avec cet album consacré à deux chefs d'œuvre de Bela Bartok, le Concerto pour orchestre et la très fameuse Musique pour cordes, percussions et célesta. Servies par une très bonne prise de son, ces partitions sont interprétées par le très honorable Baltimore Symphonie Orchestra, lui-même dirigé par le chef américain qui monte, Marin Alsop (née en 1956), plusieurs fois récompensée et surtout première femme nommée à la tête d'un orchestre américain majeur.
Sans doute, l'interprétation du Concerto pour orchestre n'a pas la brillance et la puissance de celle qu'en donnait par exemple Pierre Boulez à la tête du Chicago Symphony Orchestra. Mais Marin Alsop et le BSO s'en sortent très bien dans le jeu des textures de cette œuvre à la construction complexe. Voir la parfaite symétrie des cinq mouvements qui se succèdent : l'Elégie centrale, qui concentre en elle toute la dimension dramatique de l'œuvre, encadrée par deux mouvements vifs, les mouvements extrêmes également rapides. Voir également ce qui justifie le titre de cette œuvre : un concerto pour orchestre, c'est-à-dire un concerto qui met en avant non pas un soliste particulier, mais plusieurs sections instrumentales successivement. On y retrouve aussi avec clarté dans le fameux second mouvement le jeu des instruments qui avancent deux par deux. Enfin, les changements d'ambiance sont bien restituées, ainsi dans l'intermezzo où le thème d'une sérénade est interrompu de manière parodique par un thème martial emprunté à la 7e symphonie de Shostakovich. C'est peut-être ici le presto final qui décevra le plus par un manque de virtuosité et d'intensité rythmique.
Quant à la Musique pour cordes, percussions et célesta, on lui reprochera une lecture peut-être plus appliquée que véritablement inspirée, lui faisant perdre un peu de sa part de mystère, quoique l'adagio du troisième mouvement me paraisse plutôt réussi. Il n'en subsiste pas moins un ensemble bien construit, respectant les équilibres et les contrastes, même si le jeu voulu par Bartok sur les textures (les deux groupes de cordes à droite et à gauche, le piano, la harpe, le célesta et les percussions au centre) n'apparait pas toujours clairement.
Au total, même si cet album ne propose pas des interprétations de références de ces deux œuvres majeures du XXe siècle, son écoute permettra de faire les faire découvrir dans de bonnes conditions à ceux qui ne les connaissent pas. Pour les autres, la curiosité à l'égard d'une nouvelle interprétation pourra toujours leur faire tendre l'oreille du coté du Maryland.