Leif Ove Andsnes peut se targuer de proposer un Mozart vif-argent, sans la routine de bien d'autres artistes qui abordent ce concerto. Le Jeunehomme, aux tempi beaucoup moins modérés que de coutume, crée une impression immédiate de fraîcheur, de Mozart rasé de frais, spirituel et pudique dans son expression. L'orchestre est magnifique de chaleur et il s'instaure une complicité entre les deux artistes tout au long de ce disque. L'entrain irrésistible des deux allegros, l'énergie des attaques et le jeu si peu ostentatoire du pianiste, restituant (lui et son orchestre) avec un grand souci de clarté les raffinements de cette musique, offrent de grands instants de musique. L'Andantino central n'est pas moins abouti, faisant entendre les clairs obscurs propres à la rhétorique mozartienne. Cet équilibre est un des traits saillants de cette approche dégraissée de tout pathos inutile. Le Concerto n°18 n'est pas moins enthousiasmant : on y retrouve les mêmes qualités, ce même souci de faire chanter la Musique, sans jamais trop lui en faire dire. Les Allegros s'écoulent avec verve, éclairés par une lumière irradiante, très contagieuse alors que le mouvement lent fait entendre une multitude de micro atmosphères très délicates à restituer, surtout aussi bien. Assurément, Leif Ove Andsnes ne fait qu'un avec Mozart. Apprécions sans modération l'intelligence extrême de cet artiste, qui a su écouter les avancées musicologiques de ces dernières décennies, sans tomber dans le travers de bien des "baroqueux", de trop en faire dire à cette musique, de sophistiquer une musique qui n'en a pas besoin, laquelle s'exprime avec beaucoup plus d'éloquence quand on la joue le plus naturellement du monde, tout en ayant le souci d'en valoriser les qualités, ses raffinements divers. Le pari est réussi pour ces artistes. Grâce leur en soit rendue !!!