Depuis 15-20 ans, Marc André Hamelin s'investit corps et âme dans la (re-)découverte d'un compositeur français Marc André Hamelin. Son écriture, brillantissime, évoque à la fois celle de Liszt, pour l'aisance technique qu'elle nécessite, et celle de Berlioz, pour la dimension erratique et rêveuse que prennent parfois ces oeuvres. En exalter la structure n'est pas toujours une mince affaire, surtout que la tentation de succomber à la virtuosité pure et dure n'est pas moindre. Ainsi, les nombreux écueils de ses partitions font que peu de pianistes osent s'y atteler. Mais Hamelin, qui n'est jamais le dernier pour relever des défis de taille (surtout quand les compositeurs sont - relativement - méconnus) enregistre régulièrement ses oeuvres : Sonatine, Grande Sonate "les Quatre Ages", Symphonie pour piano solo et autres pièces plus brèves. Le brio technique n'est plus à prouver. Son véritable apport est assurément un jeu totalement au service de cette Musique, à la virtuosité jamais gommée mais jamais ostentatoire non plus. Il parvient à organiser le plus logiquement du monde le redoutable Concerto pour piano solo, dont le premier mouvement fait à lui seul presque une demi-heure ! Le mouvement suivant, plus introspectif mais pas moins "berliozien" d'essence (l'âme semble errer entre les notes, au-delà des barres de mesure) et la poésie de son jeu fait merveille, tout autant que son romantisme discret, pudique. Et enfin, le finale, un vrai déluge sonore, une pluie torrentielle de notes qui évoque les gros morceaux de bravoure lisztiens (sa sonate en si mineur) Hamelin s'y jette dedans, l'empoigne avec force et parvient, avec une rare cohérence, à le structurer au-delà du simple déballage de virtuosité, qui est ici phénoménale. Ses doigts virevoltent sur le clavier mais donnent du poids à chaque note, chaque motif. En seconde partie de programme est proposé le troisième recueil de chants. On y retrouve les mêmes qualités que dans la pièce précédente. Ces miniatures, qui en demandent beaucoup des artistes qui les abordent, déploient un véritable kaléidoscope d'atmosphères, très différenciées. Il fallait au moins le talent d'Hamelin pour leur donner le poids nécessaire. Admirons une nouvelle l'aisance spectaculaire de ses dix doigts, jouant avec une telle conviction, mais émancipées de tout geste par trop ostentatoire. Je goûte particulièrement l'impressionnisme du Vivante et du Canon, évoquant certaines pièces de Ravel, le côté fantastique et mystérieux des Esprits follets,qui évoquent la ronde des lutins, une des deux études de concert de ... Liszt, la pudeur d'Horace et Lydie et tout autant celle de la Barcarolle qui suit. En somme, un disque merveilleux, qui nous fait faire un merveilleux voyage en musique. Merci à Charles Valentin Alkan pour sa musique et à marc André Hamelin pour son talent et son superbe piano.