Le label Archiv réédite judicieusement ici un captivant double-album de 1992 où Reinhard Goebel attirait notre attention sur Johann David Heinichen (1683-1729), engagé comme Kapellmeister à la Cour de Dresde en 1716.
Outre un Opéra et diverses cantates, ce compositeur s'acquitta d'une musique d'agrément vraisemblablement destinée aux plaisirs du Château de Moritzburg : le figuralisme des airs de cors résonnant comme un écho aux parties de chasse.
Usant d'une structure très libre, ces Concertos opposent un foisonnant ripieno (certains même avec flûtes à bec et traversières, les hautbois jouant « colla parte » des violons) à un groupe de solistes d'effectif variable mêlant les familles instrumentales.
Prisonnière d'aucun moule, cette forme sui generis déploie les textures sonores en une chatoyante palette, recourant au gracieux effet des pizzicati, ou imitant une rustique musette le temps d'une inénarrable « Pastorell ».
L'unisson des cordes en sourdine dans le Seibel 226 (du nom du musicologue G. Seibel qui catalogua les oeuvres de Heinichen dans son ouvrage fondamental de 1913) témoigne aussi de l'imagination de ce Concerto écrit pour accompagner les voyages du Prince Electeur Frédéric Auguste II, qui disposait alors de brillants virtuoses tels que le flûtiste P.G. Buffardin ou le luthiste S.L. Weiss.
Doit-on préciser que l'ensemble Musica Antiqua Köln emploie ici tout son zèle pour exalter le charme mélodique et l'énergie rythmique (l'allegro débridé du Seibel 215, le vibrionnant finale du Seibel 214...) de ces Dresden Concerti ?
Si vous ne les connaissez pas encore, voilà une veine à explorer urgemment au sein de la mine du Baroque allemand.
Précisons enfin que la brève "Serenata di Moritzburg" ici entendue a été reprise dans un CD postérieurement enregistré par les mêmes interprètes (« Concerti per l'orchestra di Dresda »), où elle est complétée par une Suite instrumentale reconstituée d'après les archives de la Landesbibliothek de la ville.