Dans le répertoire dit « classique », la musique de Vivaldi figure parmi les plus populaires, tout particulièrement ses Concertos. C'est sans doute l'une des raisons qui a conduit un grand nombre d'interprètes à s'y être intéressés de près. Ainsi, au fil du temps - peut-être pour tenter de mieux s'afficher ? - de plus en plus de musiciens ont pris la fâcheuse habitude de traiter sa virtuosité d'une manière un peu trop ostentatoire. Si les violonistes sont ceux vers qui la majorité des regards se tournent, les flûtistes ne sont pas toujours à l'abri de quelques reproches. Heureusement, la prestation que nous offre Alexis Kossenko est là pour nous fait prendre conscience que les usages répétés ne constituent pas une règle de pérennité. L'originalité et la force de cette nouvelle lecture, c'est qu'avec elles la musique du Vénitien gagne en naturel, pour ne pas dire en authenticité. D'une conception sensiblement moins alambiquée, sa consistance musicale n'en est pas moins impressionnante. Un souffle délicat et raisonné, une colonne d'air svelte et fluide de même qu'un son articulé et transparent parviennent sans mal à contenir d'éventuels instincts démonstratifs. À l'unisson, l'Arte dei Suonatori ne souffre par conséquent d'aucun reproche - il faut dire que le caractère communicatif de ces Concertos pour flûte traversière a de quoi motiver les troupes ! Ajoutons à ce tableau idyllique que le livret signé de la main même du concertiste est un modèle de clarté et d'érudition. Au moment de conclure, il apparaît clairement qu'avec ce disque magnifique, Alexis Kossenko continue de s'imposer comme l'un des flûtistes les plus intéressants de la scène actuelle. Et ce n'est certainement pas Vivaldi qui nous dira le contraire. Comme quoi, cela ne sert à rien d'aller plus vite que la musique !