Barenboïm connait son Beethoven sur le bout des doigts.
En effet il a déjà par deux fois enregistré l'intégrale des sonates.
La première à la fin des années soixante pour EMI , ensuite pour DG en 1984; enfin quarante ans après son premier essai dans une série de concerts marathon il immortalise son interprétation des 32 sonates en DVD au Staatsoper de Berlin. De loin son interprétation la plus aboutie.
Il a également réalisé une interprétation remarquable des symphonies de Beethoven avec son orchestre, la Staatskapelle de Berlin.
Pour les concertos qui nous intéressent dans cette chronique après avoir joué dans sa jeunesse sous la baguette, ô combien tutélaire de Klemperer, il accompagna le grand Rubinstein, âgé alors de 87 ans dans une interprétation qui à mon sens n'a pas eu le retentissement mérité.
Aujourd'hui il nous livre Sa vision.
Et pour mieux nous la faire partager il joue et il dirige.
L'ensemble est somptueux !
Le jeu de Barenboïm s'est creusé, il a élargi sa palette sachant alterner des passages presque suspendus dans le temps où les doigts effleurent a peine le clavier à des passages carrément telluriques où il écrase les touches cherchant au creux du piano une force d'impact, une énergie que n'aurait pas renier le lion de Boon.
Son jeu, sans vouloir faire des comparaisons indues, a pris le poids de celui d'Arrau.
Et l'orchestre ? Quel bonheur ! Nous sentons une osmose totale entre le pianiste et son orchestre nous livrant ainsi des moments magiques.
Ils sont nombreux, mais je citerai quand même l'Andante con moto du concerto N° 4 d'une beauté si prenante que j'ai retenu mon souffle.
Nous sentons le plaisir de jouer ensemble, plaisir du dialogue,plaisir de la complicité, paisir de donner au public!
Cela s'entends, bien évidemment mais cela, ce voit aussi grâce à la qualité des images délivrées par l'équipe d'Adreas Naumann.
Pour moi un aboutissement dans la prodigieuse carrière de Barenboïm mais aussi une des meilleures interprétations de ces concertos à placer au coté d'Arrau Davis, d'Uchida Sanderling ou encore de Perahia Haitink