Rachel Podger est une musicenne de qualité qui a fait maintes fois ses preuves dans le répertoire baroque et classique : une excellente Stravaganza de Vivaldi, de très belles fantaisies pour violon seul de Telemann, son intégrale des sonates de Mozart avec Gary Cooper, ... Elle a prouvé que l'on pouvait jouer cette musique en se libérant de nombreux tics d'interprétation. De Jean Sébastien Bach, elle avait néanmoins enregistré une intégrale des Sonates et Partitas assez sèche et peu généreuse de son et les doubles concertos BWV 1043 et 1060 avec Andrew Manze, version très fabriquée et pas chantante pour trois sous. La même chose allait-elle se reproduire dans les concertos solos ? Heureusement non ! Elle joue ici en compagnie du Brecon Baroque, ensemble de 6 musiciens, dont elle est la cheffe attitrée. Elle laisse entendre des versions très vivantes et pensées dans leurs échanges entre les différents instruments. Dans cette optique "assez" chambriste (le son de l'orchestre reste cossu), le violon solo ne se met jamais en avant et paraît parfois en retrait des autres instruments. Cela ne manquera pas de gêner les mélomanes plus sensibles à l'équilibre classique soliste en avant / orchestre en retrait. Nonobstant ce problème, la vie de cette version est certaine. Les concertos BWV 1041 et 1042, à ce jour interprétés chacun des milliers de fois (pour citer quelques noms : Oïstrach, Stern, Perlman, Kremer, Grumiaux, Menuhin, Mullova, Huggett, Hahn, Fischer, Standage, Manze) trouvent un éclairage différent, moins immatériel que les grands anciens (Andante du BWV 1041, très scandé, dramatique ; Adagio déromantisé mais pas moins éloquent), plus intimistes et moins échevelés que les "baroqueux forcenés" (premiers mouvements assez classiques dans leur exposé) , moins violon superstar (malgré des finales plutôt rapides). Pour autant, l'essence de cette musique ne se perd pas, ne succombe pas à une virtuosité par trop ostentatoire. Cela dit, certains trouveront ce Bach irritant, chichiteux et maniéré (même si les maniérismes sont fortement atténués, ils restent présents). Pour ma part, je le trouve convaincant et, dans la galaxie de versions disponibles (et beaucoup assez récentes) celle-ci tient fort bien son rang, au-delà des réserves sus-citées.
En seconde partie du programme, Podger nous propose une transcription de deux concertos pour clavier (BWV 1055 et 1056) dans une reconstruction pour violon. On y appréciera leur énergie, la finesse du jeu de Podger, son chant, tout en leur préférant leurs originaux.
Un disque recommandé !