Ce disque est une merveille absolue !!!
Du concerto de Saint-Saëns, on pourrait retenir que le jeu de la violoncelliste, déjà malade, souffre de quelques hésitations et de quelques raideurs. Mais il serait bien malhonnête de ma part de n'y voir que ces défauts, tant cette version me transporte dans une autre dimension. Bien plus que dans son enregistrement studio, la soliste "joue sa vie" à chaque note. Chacune est attaquée avec une passion toujours croissante. Le vibrato, reconnaissable entre un million (s'il y a eu autant de violoncellistes!) produit chez l'auditeur quelques mémorables poussées d'adrénaline (dans le finale, les notes graves !!!) et l'aisance du jeu reste confondante, surtout quand on pense aux prises de risque incessantes de la solistes et de son époux, dirigeant avec une égale passion et une énergie non moins flagrante un orchestre de Philadelphie chauffé à blanc.
Cette prise de concert reste indispensable tant la sensualité et la passion s'en exhalent.
Le Concerto de Dvorak est encore plus inoubliable. Ce n'est pas tant l'accompagnement assez réservé de Celibidache qui intéresse que le jeu totalement hypnotisant de l'immense Jacqueline. Ses longs phrasés hyper-sensuels ne cessent d'émerveiller, de même que la liberté rhapsodique de son jeu. Dès l'attaque initiale du violoncelle, on sait que, malgré l'orchestre, elle va nous faire vivre de grands instants de musique. Son expressivité à fleur de peau nous vaut de grands moments d'émotion. Le travail très approfondi sur les nuances est un autre témoin du travail en profondeur fait par l'artiste sur ce concerto et ceci malgré une apparente spontanéité dans l'exécution. Elle parvient même à nous faire oublier que l'oeuvre est jouée dans des tempos sensiblement plus lents que de coutume. Signe que son jeu voit au-delà des barres de mesure et qu'elle était maître(sse) du temps mieux que quiconque. Elle ne faisait qu'une, non seulement avec son sublime Davidov de 1712 mais aussi avec la musique qu'elle jouait. C'est à cela que l'on reconnait les Très Grands Artistes.